Critique : Jeune Femme

On 31/10/2017 by Nicolas Gilson

Premier long-métrage de Léonor Serraille, JEUNE FEMME s’impose comme un cri ; une affirmation. Mettant en scène le parcours d’une trentenaire qui ne rentre pas dans le moule et cherche sa place dans un monde qui ne la lui offre pas, la réalisatrice esquisse un portrait générationnel qui met habilement en question nos sociétés patriarcales. Epousant l’énergie de son héroïne (comme de son actrice, la saisissante Laetitia Dosch), Léonor Serraille offre un film multiple, drôle et déchirant.

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« Ouvre » crie Paula face à une porte contre laquelle elle tambourine. Le cri se meut en hurlement, la demande en supplice. Paula se fait du mal au risque de paraître hystérique. Elle veut pourtant une chose simple : qu’on lui ouvre une porte, qu’on la respecte pour qui elle est et qu’on lui offre le dialogue qu’on lui doit. Mais la situation est oppressante, la retourne, la contraint ; l’aveugle en un sens. Paula étouffe. Et c’est dans cet état alarmé qu’elle retrouve Paris, une ville qui n’aime pas les gens dans laquelle sa solitude est exacerbée. Avec un chat comme compagnon d’infortune, elle est décidée à prendre un nouveau départ ; une revanche sur une vie jusque là peu tendre avec elle.

La réalisatrice nous confronte d’entrée de jeu aux vertiges de Paula. Le cadre est serré, traduisant l’oppression qu’elle subit et contre laquelle elle se débat, quitte à frapper les murs qui l’oppressent avec sa tête. L’urgence de la situation est-elle palpable que l’humour s’impose rapidement, la franchise de Paula l’emportant sur le raison que l’on tente de lui imposer. Mais il arrive qu’ils soit impossible d’être raisonnable, car il s’agirait de s’effacer au moment précis où on a le courage de s’affirmer. Et ce courage, Paula l’a. Absolument.

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Avec pour armes sa personnalité et sa vitalité, Paula est mue par une idée fixe : conclure une relation qui s’est conclue malgré elle, affirmer ce qu’on lui a imposé afin, sans le savoir, de s’affirmer elle-même. Le scénario se construit au rythme de rencontres graduellement éclairantes (quel bonheur d’avoir des seconds rôles emplis de personnalité) au fil desquelles Paula est confrontée à son passé (à l’instar de sa mère, des amis ou de son amant) comme à l’infinité des possibles questionnant ainsi la fatalité pré-supposée de toute destinée (ou du moins la sienne). Paula agit de manière pulsionnelle, mais jamais impulsive, se laissant quelques fois guider par le courant pour mieux l’affronter.

Les situations dans lesquelles Paula se retrouve sont souvent savoureuses tant Léonor Serraille les développe avec finesse, nourrissant le réalisme de chaque scène d’une tonalité humoristique qui ancre plus avant la complicité avec son héroïne. Elle nous emporte ce faisant d’une situation d’étouffement à une pleine respiration, une pleine libération. Un parcours saisissant orchestré avec panache. Mine de rien (et avec brio et maîtrise), elle signe un pamphlet lumineux sur la place accordée au femme ; sur la place qu’elle invite les femmes à s’offrir.

JEUNE FEMME
♥♥♥
Léonor Serraille
France – 2017 – 97 min
Distribution : Athena Films
Comédie dramatique

Cannes 2017 – Sélection Officielle – Un Certain Regard
Caméra d’Or (Meilleure Premier Long-Métrage de fiction)

FIFF 2017 – Compétition Premières Oeuvres – film d’Ouverture

Jeune femme Laetitia Dosch

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