Critique : Je Suis le Peuple

On 11/07/2016 by Nicolas Gilson

Construisant son film comme un dialogue au fil du temps en confrontant son point de vue à celui de paysans, Anna Roussillon propose avec JE SUIS LE PEUPLE les chroniques singulières de la révolution égyptienne de 2011 et de ses conséquences, du « vendredi de la colère » à l’élection de Morsi – suivie bientôt de son éviction du pouvoir. Un retour sur l’actualité éclairant.

La présence de la caméra est actée d’entrée de jeu, le temps d’un prologue qui dessine déjà deux réalités dont la lentille devient la frontière. Les paysans font face à la réalisatrice dont nous épousons le regard et la curiosité, cette envie de savoir, de cerner les enjeux dont elle n’a pas la maitrise. Ces images de repérage deviennent la source d’un film qui semble alors se construire – ou se tricoter – face à nous.

je suis le peuple - documenatire

Le sujet de la révolution s’impose par lui-même, lorsque Anna Roussillon est à Paris et qu’éclatent les manifestations sur la place Tahrir. C’est bête, au lendemain du retour de la réalisatrice. Elle voudrait y être, en être. Elle aimerait filmer cette émulation. Elle ouvre un dialogue par skype avec Farraj, le paysan qu’elle vient de quitter. Déjà leur perception des événements n’est pas la même. L’accès aux informations non plus.

Nous vivons alors l’évolution de la révolution, l’emprisonnement de Moubarak et l’avènement de la démocratie, par le prisme de la télévision, le ressenti de Farraj et celui de quelques villageois. Anna Roussillon porte le choix d’une unité de lieu afin d’envisager « la grande histoire en devenir » à hauteurs des petites gens. Au long de ses voyages, elle observe les conséquences directes et indirectes de ces bouleversements sociétaux et politiques dans cette zone agricole proche de Louxor où la coupures de courant persistent, le gaz se fait de plus en plus rare (et de plus en plus cher) et où les touristes survolent le monde en montgolfière. Quel est l’impact de l’onde de choc ?

L’avènement des Frères Musulman et de Morsi fait alors sens, dans la mesure où, comme le souligne Farraj, ils sont la seule alternative au système incarné par Moubarak et ses proches. Les points de vue se confrontent (quitte à s’opposer) tandis qu’au fil des échanges nous ne pouvons que remettre en cause nos propres notions à l’instar de celle de « démocratie ». « Nous sommes à la maternelle de la démocratie », dira Farraj, brillamment critique à l’égard des nôtres…

JE SUIS LE PEUPLE
♥♥
Réalisation : Anna Roussillon
France – 2014 – 111 min
Distribution : Le Parc Distribution
Documentaire

Cannes 2015 – l’aCid

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