Critique : Janis – Little Girl Blue

On 14/06/2016 by Nicolas Gilson

Au fil d’archives et de témoignages souvent inédits, Amy J. Berg propose avec JANIS – LITTLE GIRL BLUE un portrait délicat de Janis Joplin. Rendant vie à la jeune femme au timbre de voix si singulier, elle crée l’illusion d’une étourdissante intimité. Un voyage sensible au-delà de la musique.

Offrant d’entrée de jeu la parole à Janis Joplin, la réalisatrice crée entre l’artiste et le spectateur une pleine complicité qui semble guider son approche. Un extrait d’interview, juste avant un concert, esquisse une entrée en scène et met d’emblée à mal toute hypothèse de « représentation » car pour la « Pearl du Texas », il n’est jamais question que de communion, d’échange avec le public.

Janis Joplin - documentaire - Little Girl Blue

Ceux qui connaissent le parcours de l’interprète de « Tell Mama Rare » comprendront l’importance de placer ce titre en ouverture du film, les autres la découvriront. Près d’une dizaine d’années de travail ont été nécessaire à Amy J. Berg pour composer ce portrait documentaire riche notamment de la correspondance de Janis Joplin (lue par Chan Marshall alias Cat Power). L’emploi de ces lettres est savant tant il se veut respectueux tout en se voulant éclairant sur la personnalité de la jeune femme à travers sa manière de se raconter – ou non.

Initiant une remontée dans le temps permettant de mettre en perspective le parcours de la jeune texane alors qu’elle s’émancipe de sa famille et fait peu à peu « carrière », Amy J. Berg va à la rencontre de ses proches et de ses collaborateurs afin d’ouvrir un dialogue avec des archives sélectionnées avec soin. Evoquant l’enfance de Janis avec son frère et sa soeur, la réalisatrice nous confronte à la fragilité d’une jeune femme qui s’est pourtant montrée forte et témoignait d’un sens de la répartie aussi lucide que naïf. « On est ce que l’on accepte d’être » dira-t-elle, vivant toutefois très mal les moqueries sur son physique et la difficulté pour une femme de vivre son émancipation.

Elue « mec le plus laid du campus » par ses camarades, Janis Joplin semble littéralement s’enfuir du Texas alors qu’elle est âgée de 20 ans – s’enfuir pour se révéler à elle-même. Suivront sa relation avec Jae Whitaker et bientôt une consommation de drogue de plus en plus importante. Le retour au Texas précédera alors un nouveau départ lorsque Janis remettra le pied à l’étrier. Elle intègrera le groupe de rock Big Brother and the Holding Company avant de faire sensation au festival de Monterey.

Janis Joplin - venezia 72

Tout en témoignant d’une ligne factuelle, la trame scénaristique du documentaire se construit au fil de l’évocation, entre anecdotes et souvenirs, qui transcende, sans voyeurisme ni misérabilisme, l’intimité de Janis Joplin. Nous revivons ainsi l’excitation des concerts et la fulgurance de ses prestations. Au-delà, derrière Montery notamment, se dessinent quelques enjeux « commerciaux » d’un univers scénique encore naïf et entier… Le trouble de Janis Joplin et sa personnalité sont exacerbés intelligemment sans faire l’impasse sur les enjeux délicats telle sa consommation de stupéfiants (et non des moindres) qui est mise en perspective. La réalisatrice rend-elle hommage à un icône qu’elle ne cherche pas à l’idolâtrer outre mesure. Et ce n’en est que plus fort (et plus louable).

De « Summertime » à une carrière en solo, de Woodstock au Festival Express, le parcours de Janis Joplin nous transporte peu à peu à travers le temps et au-delà de notre siège comme si nous étions emporté par le train All-Star au bord duquel l’artiste traversa le Canada et dont quelques archives ponctuent à dessein le remarquable montage. L’intime est mis à nu, notamment avec l’évocation de la rencontre avec David Niehaus dont Janis Joplin tomba follement amoureuse. Mais les histoires d’amour finissent mal…

La mort de l’artiste (à 27 ans), dont le spectre est perceptible dès l’ouverture du film, est abordée avec le même respect que celui qui guide l’approche générale du film. Plus encore, forte de nous avoir fondus au ressenti de Janis Joplin, la réalisatrice nous confronte aux erreurs de jugement qu’elle a pu avoir comme à l’amour (pluriel) qu’elle n’était pas à même de percevoir.

JANIS – LITTLE GIRL BLUE
♥♥♥
Réalisation : Amy J. Berg
USA – 2015 – 103 min
Distribution : Cinéma Aventure (à l’initiative de)
Documentaire

Venise 2015 – Sélection Officielle Hors-Compétition

Janis Little Girl Blue critiqueJanis Joplin little girl blue amy berg janis-joplin Photo of Janis Joplin

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