Critique : Jackie

On 31/01/2017 by Nicolas Gilson

Passionné par la politique et l’histoire de son pays, le réalisateur chilien Pablo Larraín signe avec JACKIE un étrange premier film en langue anglaise (majoritairement américain). Dirigeant Natalie Portman dans le rôle titre, il met en scène le scénario de Noah Oppenheim (qui a signé ceux de THE MAZE RUNNER et ALLEGIANT) et nous plonge dans l’évocation de moments clés de la vie de l’épouse de J. F. Kennedy. La reconstitution est vertigineuse, la photographie envoutante, mais l’intérêt du propos assez obscur. Demeure la fascination.

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Avant même que la moindre image ne prenne place, la musique de Mika Levi (qui avait signé la BO de UNDER THE SKIN) nous impressionne tant elle semble, d’entrée de jeu, se faner. Nous rencontrons alors Jackie Kennedy (Natalie Portman) dans sa résidence de Hyannis Port, dans le Massachusetts, en 1963. Elle accorde sa première interview après la mort de son mari. Un entretien mené par le journaliste de Life Magazine (Theodore H. White dont le nom n’est pas évoqué dans le film) : une introduction qui sert de squelette à la construction scénaristique.

Partie pauvre du film tant elle repose sur une dynamique assez plate de champs/contre-champs, l’échange dialogique entre l’ancienne Première Dame et le journaliste permet d’envisager la personnalité de celle qui induit alors une comparaison entre la Maison Blanche et Camelot – un leitmotiv développé tout au long du récit. Optant déjà pour une frontalité marquée, Pablo Larraín assoit une logique de représentation à laquelle il confère un sens nouveau dès lors que la protagoniste manipule la réalité – Jackie Kennedy précisant par exemple, en expulsant la fumée de sa cigarette, qu’elle ne fume pas.

What is real ? What is performance ?

Du dialogue nait l’évocation. Le réalisateur revisite ainsi les archives télévisées de CBS en nous plongeant dans les coulisses du tournage de l’émission diffusée le 14 février 1962 (qui vaudra un Emmy Award Special à Jackie Kennedy) lors de laquelle la First Lady propose une visite de la Maison Blanche et se livre sur ses fonctions. Sommes-nous conscients de la fabrication de ces images que leur grain et l’interprétation de Natalie Portman nous subjuguent. Tournant en pellicule 16mm, Pablo Larraín parvient à rendre aussi réalistes que crédibles des séquences qui appartiennent à l’inconscient collectif et à l’Histoire. Le visage de l’actrice – qui travaille avec grande habilité sa voix et sa tenue – se substitue à celui de celle qu’elle interprète ; la réalisation parvient à nous projeter littéralement dans l’intimité de « Jackie » alors qu’elle doit faire face à la mort de son mari et prend en main l’organisation de ses funérailles.

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Parvenant à nous faire vivre comme jamais l’assassinat de Kennedy, le réalisateur nous immerge auparavant au coeur de l’agitation « ordinaire » d’une visite officielle pour la Première Dame (l’arrivée du couple à Dallas apparaît être un documentaire). Il ancrera ensuite ses vertiges et devient l’étonnant témoin de ses prises de décision comme ne pas changer ses vêtements tachés de sang. Revenant sans cesse au dialogue premier, le montage laisse interrogatif tant il semble mettre en exergue les vertiges de la protagoniste sans jamais parvenir à les transcender – cela permet de sympathiques scènes de garde-robe dont les occurrences miroirs ne servent guère à grand chose. La musique jouera ce rôle, ancrant à son tour un dialogue, quelques fois contrastant, avec les images.

Si le scénario se veut intelligible au point d’être didactique, quelques lignes demeurent obscures comme un échange entre Jackie Kennedy et un prêtre. Mais l’écriture n’est qu’un prétexte à la performance. Et force est de constater que Pablo Larraín est un virtuose qui, sous les atours d’un biopic, questionne « la manipulation des images » (jusqu’à celles que nous avons de J.F.K. et de « Jackie ») dont on ne peut, heureusement, pas l’accuser.

JACKIE
♥♥
Réalisation : Pablo Larrain
USA / Chili / France – 2016 – 95 min
Distribution : The Searchers
Drame biographique

Venise 2016 – Sélection Officielle en Compétition
Film Fest Gent 2016 – Galas & Specials

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