Critique : Irréprochable

On 16/08/2016 by Nicolas Gilson

Le premier film de Sébastier Marnier s’ouvre sur une tragédie tout ordinaire qui se meut peu à peu en un suspens haletant. Incarnée par une éblouissante Marina Foïs, son héroïne, impulsive et émotive, nous emporte dans et au-delà de ses mensonges au fil d’une tragédie, réel miroir de notre société. Orchestré avec panache, IRREPROCHABLE nous séduit et nous surprend… pour mieux nous glacer les sangs.

Alors que le réveil de Constance (Marina Foïs) semble nous confronter à la ritualité de son quotidien nous en découvrons la réalité : demandeuse d’emploi depuis un an, elle n’a plus d’appartement et tente de survivre comme elle le peut. Ayant tiré sur la corde jusqu’à ce qu’elle se rompe, elle n’a d’autre choix que de quitter Paris et rejoindre sa mère en province… ou plutôt se réfugier dans la maison vide de cette dernière, internée en hôpital. De retour sur le terrain de sa jeunesse, l’ancienne agent immobilier est décidée à retravailler pour l’agence où elle a fait ses débuts. Toutefois le patron de celle-ci préfère engager une candidate plus jeune qui accepte de n’être rémunérée qu’à la commission. Constance ne l’entend pas de cette oreille…

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Le personnage se révèle d’entrée de jeu dual : Constance est à la fois fière et assurée, et entièrement marginale. Derrière le flamboyant et l’élégance de sa tenue (aussi bien physique que vestimentaire), elle dissimule l’indicible, enfermant notamment dans un immense sac Chanel quelques uns des rares effets encore en sa possession. La révélant aussi séduisante que séductrice, Sébastien Marnier nous en fait les complices jusqu’à nous fondre à ses élans passionnels – et sexuels. Constance semble se mettre à nu autant qu’elle s’offre sans crainte à un amant de passage (qu’elle reverra ensuite).

Au fil de la mise en place narrative, le réalisateur opère un véritable tour de force : tout en nous rendant complice de sa protagoniste, il nous conduit à mettre en doute ses propos et à craindre son comportement. La caractérisation est d’une rare finesse. À l’instar des vêtements de Constance ou de sa détermination à faire de l’exercice physique, chaque élément est révélateur d’une personnalité pleine de facettes dont celles de manipulatrice et de mythomane.

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Derrière la singularité d’un récit nourri de rebondissement (évitez de regarder la bande-annonce), le film aborde des thématiques sociales tout en reposant sur une singulière logique de genre (soulignée par une musique originale riche de références) où les apparences – celles que la société nous dicte d’arborer – sont de terrifiants remparts. Au-delà, le retour imposé dans l’antre familial conduit Constance à faire face à l’adolescente qu’elle a été, se réappropriant notamment les vêtements qui furent une seconde peau afin de muer à nouveau…

L’écriture est impeccable jusque dans les dialogues, l’approche saisissante. Rend-il peu à peu Constance inquiétante que jamais Sébastien Marnier ne nous conduit à la juger ou même à remettre en cause son comportement – aussi discutable (et intrusif) puisse-t-il être. Centrant son regard sur la protagoniste, il nous fond, nous confond et nous confronte tout à la fois à un personnage à vif dont les failles deviennent autant de cicatrices que nous aurions envier de panser.

IRREPROCHABLE
♥♥(♥)
Réalisation : Sébastien Marnier
France – 2016 – 103 min
Distribution : Cinéart
Drame / Thriller

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