Illégal

On 25/09/2010 by Nicolas Gilson

Olivier Masset-Depasse aborde avec brio la complexe situation des illégaux en Belgique. Grâce à une approche narrative à la fois réaliste et romanesque, il met en scène un récit singulier dont la portée est universelle. Il envisage le destin d’une femme qui s’avère être un combat pour son fils. De sa situation nous ne savons rien si ce n’est la force – et la radicalité – dont la mère témoigne.

Le réalisateur parvient à une intelligente fictionnalisation du réel tant au travers de l’écriture que dans ses choix de mise en scène. Au-delà, il parvient à fondre notre ressenti à celui de la protagoniste principale, Tania. Et bien que le cadre serré, sans cesse en mouvement, pour lequel il opte fasse écho, de manière simpliste, à sa nervosité, jamais celui-ci n’apparaît comme éreintant.

La justesse de ton est admirable : jamais le réalisateur ne semble prendre position, il dresse juste un portrait qui se veut témoignage. Les passage de l’un au multiple sont nombreux, permettant d’envisager la pluralité et la complexité de la réalité de l’immigration sans porter le moindre jugement, sans condamner le moindre acteur. Il s’agit de penser une situation pour le moins compliquée. Et si Olivier Masset-Depasse parvient admirablement à mettre en scène l’hypothèse de la déshumanisation subie par les illégaux, nul manichéisme dans son approche : il parvient à révéler le désarroi qui habite chacun des acteurs. Certes des gestes condamnables sont posés par différents protagonistes mais en arrière-fond il s’agit de mettre en question une situation au sein de laquelle l’ensemble des acteurs s’enlisent.

Si la première force du film réside dans l’approche voulue par le réalisateur, la qualité d’interprétation de Anne Coesens insuffle au film une dimension proprement sensitive. La sensibilité qu’elle dégage en interprétant Tania est aussi admirable que perturbante. L’intensité de ses regards, la douleur de sa respiration … laissent une étourdissante impression. Le réalisateur nous fond à son point de vue, nous confronte radicalement à elle en optant sans cesse pour un cadre serré. Toutefois il ancre parallèlement une dynamique de distanciation nécessaire. Celle-ci nous permet de respirer, de nous détacher de la douleur incommensurable qui habite Tania. C’est là que la naïveté d’un personnage secondaire se veut salvatrice, la gardienne du centre fermé interprétée par Christelle Cornil. Une naïveté essentielle malgré la banalité de l’approche.

ILLEGAL est un film fort qui, malgré quelques appuis – romanesques – discutables, a une réelle valeur de témoignage.

La vidéo réalisée à Cannes : Cliquez ICI.

ILLEGAL
♥♥♥
Réalisation : Olivier Masset-Depasse
Belgique / Luxembourg / France – 2009 – 92 min
Distribution : O’Brother
Drame
Cannes 2010 – Quinzaine des réalisateurs – Prix de la SACD

Trackbacks & Pings

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>