Critique : I, Daniel Blake

On 26/10/2016 by Nicolas Gilson

Malgré l’annonce de sa retraite en tant que réalisateur, Ken Loach complète sa filmographie avec un nouveau film engagé qui condense, plus encore que les précédents, le combat de toute une vie. I, DANIEL BLAKE pourrait tout autant se titrer avec son propre nom tant le cinéaste y crie un message auquel l’élite décide de rester sourde. Un engagement louable et majestueux qui se révèle toutefois trop limpide et direct, au risque de sombrer dans le misérabilisme. Un misérabilisme qui fait toutefois écho, plus que jamais, à la misère qui gangrène le Royaume-Uni – et au-delà toutes les sociétés technocrates.

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« Les gens ne l’écoutent pas, pourquoi les écouterait-il ? »

Le combat de David contre Goliath prend cette fois le visage d’un citoyen ordinaire contre l’administration. Suite à un arrêt cardiaque, Daniel Blake (Dave Johns) ne peut plus travailler sans toutefois être reconnu comme invalide. Deux possibilités s’offrent à lui pour toucher quelque allocation de subsistance : s’inscrire comme demandeur d’emploi et chercher activement un travail ou attendre de recevoir la confirmation du refus d’allocation pour pouvoir déposer un recours. Dans un cas comme dans l’autre, Daniel doit faire face à un système bureaucratique où l’informatique est l’intermédiaire par défaut, qu’importe que les mots « souris » ou « curseur » vous soient étrangers, que vous ayez ou non une connexion. Alors qu’il tente d’entrer directement en contact avec l’administration, Daniel prend la défense de Rachel (Hayley Squires) qui, parce qu’elle est arrivée en retard à son rendez-vous, perd ses allocations. Mère célibataire de deux enfants en bas âge, elle est désespérée. Daniel la raccompagne chez elle et tente de l’épauler. L’évolution narrative n’évite ensuite aucun écueil, entre fatalité nauséeuse et symbolique balourde, jusqu’à se muer un en manifeste qui tient du pléonasme.

Ken Loach et son scénariste, Paul Laverty, ont déjà été plus (et mieux) inspirés. Plus fins aussi. Au fil de son développement, le film perd inexorabement sa propre énergie. Pourtant le cinéaste nous fond d’emblée au désarroi de son protagoniste avec une note d’humour délectable. D’abord au centre de son attention, le combat de Daniel Blake est ensuite parasité par celui de Rachel nous donnant l’impression que le réalisateur mélange sans y parvenir deux lignes narratives et autant de points de vue. Les réalités de Daniel et de Rachel se répondent-elles en miroir que leur rencontre, aussi humaine soit-elle, semble réécrite au fil d’un montage dont la temporalité est trouble. La démonstration pêche par son caractère didactique (et foncièrement discursif) et épuise autant qu’elle s’épuise, malgré l’interprétation vérisimilaire d’un casting séduisant.

I, DANIEL BLAKE

Réalisation : Ken Loach
Roayume-Uni / Belgique – 2016 – 100 min
Distribution : Cinéart
Drame

Cannes 2016 – Sélection Officielle en Compétition

I Daniel Blake - afficheI Daniel Blakemise en ligne initiale le 13/05/2016

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