Critique : High-Rise

On 05/07/2016 by Nicolas Gilson

D’une pleine causticité, HIGH-RISE est le portrait intransigeant du devenir humain, lorsque l’utopie se pense au pluriel et répond d’une normalisation excessive. Adaptation du roman éponyme de J.G. Ballard, le film nous plonge au coeur des années 1970 dans une société en pleine mutation. Fort du constat de l’échec de la « révolution » sociétale alors pensée par d’aucuns, Ben Wheatley signe une allégorie universelle où le temps suspend son cours. Vertigineux.

tom-hiddleston-high-riseA demi nu, Laing improvise un barbecue sur le balcon d’un appartement saccagé. Qu’est-ce qui a bien pu le conduire à cette situation chaotique ? Il y a trois mois, il emménageait dans une tour de 40 étages, une projet immobilier d’avenir pensé pour tous…

« Plus tard, installé sur son balcon pour manger le chien, le Dr Robert Laing réfléchit aux événements insolites qui s’étaient déroulés à l’intérieur de la gigantesque tour d’habitation au cours des trois derniers mois. »¹ L’ouverture du film est presque citationnelle. Recourant à l’intervention d’une voix-over, Ben Weathley nous confronte à son protagoniste alors qu’il est tout à la fois rendu « primitif » et mélomane. Un premier paradoxe qui attise d’emblée notre attention.

Faisant (trop) corps à la structure narrative du roman de J.G. Ballard, le scénario signé par Amy Jump (collaboratrice sur SIGHTSEERS et co-scénariste de KILL LIST) s’ouvre sur une scène d’anticipation, exacerbant notre curiosité, avant de nous confronter au déroulé temporel et psychologique qui nous conduira à la perte – ou l’éveil – du Dr Robert Laing. Nous découvrons alors le protagoniste tandis qu’il prend possession de son nouvel appartement et à mesure qu’il découvre les règles de fonctionnement d’un immeuble dont l’architecte se prend pour Dieu.

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Subdivisé en castes, le microcosme dans lequel évolue Laing se révèle peu à peu plus cauchemardesque qu’utopique tandis que la « troisième classe » logée aux étages inférieurs idéalise une « première » qui l’exècre. Divisé, balancé entre deux mondes le « docteur » devient le témoin singulier d’un monde qui court à sa propre perte. Si apriori la narration domine l’écriture scénaristique, le fil est rapidement tortillé si bien que nous voguons en eaux troubles sans constater – à l’instar de Laing – les raisons d’un basculement vers la pure folie. Celui-ci est dès lors inéluctable, répondant à l’absurdité d’un modèle pourtant pragmatique qui repose sur la division du monde et une hiérarchisation outrancière .

Sur fond de libéralisme effréné (où résonne brillamment la voix de Margaret Thatcher), Ben Wheatley ancre une satire d’un monde capitaliste dont la caractère caricatural apparaît atrocement réaliste. Le « film d’époque » fait alors sens tandis que la modernité du cinéaste s’impose. Brillamment orchestré musicalement (épinglons notamment la reprise de SOS d’Abba par Portishead), le film ouvre un dialogue à travers les époques – ouvrant une réflexion qui dépasse largement l’allégorie première. Esthétique à dessein – faisant notamment écho au délire de l’Architecte – l’approche est loin d’être lisse, évoluant, au fil d’un montage époustouflant, du glaçage de la photographie à celui de nos sangs. Un film culte, assurément.

¹IGH, J.G. Ballard, Trad. Robert Louit, Ed. Calmann-Lévy, 1976

HIGH-RISE
♥♥(♥)
Réalisation : Ben Wheatley
Royaume-Uni – 2015 – 118 min
Distribution : Imagine Film
Délire allégorique

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