Critique : Hardcore Henry

On 16/04/2016 by Nicolas Gilson

Reposant sur un procédé d’occularisation interne primaire, HARDCORE HENRY propose au spectateur de se fondre au protagoniste d’un film d’action en partageant ses perceptions visuelles et sonores. Tout à la fois violent et très drôle, le premier long-métrage de Ilya Naishuller est une expérience aussi « récréative » qu’épuisante. Diablement maîtrisé, le film est toutefois confronté aux limites d’un procédé – limites soulignées par me fait que le réalisateur ne s’y cantonne pas.

Sorti d’un bassin d’eau, Henry est ramené à la vie par son épouse, Estelle. Ses fonctionnalités ne sont pas encore toues opérationnelles, et il ne peut notamment pas encore parlé. Un bras bionique remplace celui qui lui manque à gauche tandis qu’une jambe artificielle lui est vissée. Les prouesses de la technologique cybernétique sont merveilleuses : Henry n’a pour cicatrices que ses tatouages ! À peine intègre-t-il être un cyborg, qu’il doit sauver sa peau. Catapulté à Moscou, il fait face à une horde de mercenaires qui, sous les ordres d’un certain Akan, semble bien décider à le neutraliser…

HARDCORE HENRY

Autant le dire d’entrée de jeu, HARDCORE HENRY nous plonge dans un univers d’extrême violence tout droit sorti d’un jeu video dont on ne comprend qu’une seule règle : tuer ceux qui veulent nous éliminer. Comme le protagoniste n’a pas de mémoire et ne comprend rien à ce qui lui arrive, nous découvrons à travers lui et en même temps que lui l’intrigue qui se dessine. Au coeur d’une ville inamicale, l’étrange Jimmy (Sharlto Copley) sera notre seul informateur – guidant Henry dans les étapes d’une mission dont le but est de sauver Estelle…

Avant que cela ne se mette en place, après une séquence qui ne fera sens qu’à la fin du film, Ilya Naishuller nous offre un générique aussi sublime que déroutant. Sous la forme d’un clip musical hyper stylisé, dans la candeur d’un effet ralenti, il esthétise une kyrielle de mises à mort. Autant d’actions d’une rare brutalité réduites à leur gestuelle-même et aux mouvements engendrés. Un ballet macabre dont l’orchestration musicale est un parfait contrepoint – ou est-ce l’inverse : une dynamique de contraste, où la notion de jouissance est manifeste, qui ne cessera d’être développée tout au long du film.

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Le procédé de captation repose sur l’hypothèse de subjectivité. Il s’agit de donner à voir, uniquement, ce qu’Henry perçoit. Recourant à une caméra GoPro qu’il fixe directement sur les cascadeurs donnant successivement vie au personnage, le réalisateur construit son esthétique visuelle afin de créer l’illusion que notre regard est fondu à celui d’Henry. Travaille-t-il dans une certaine mesure le son selon cette même logique qu’il brise d’emblée tout réalisme en accolant au film une partition musicale incessante. Celle-ci sera à la fois assassine – annihilant le procédé subjectif – et libératrice dans la mesure où elle engendre une distance qui confère au film son caractère parodique (et nous offre une respiration par rapport à al barbarie qui ne cesse de s’y déployer). Notons enfin la qualité des effets spéciaux et du travail de post-production (même si cet enrobage musical trop présent).

Au regard de « l’esthétisation » générale, difficile de ne pas penser au pire de Terence Mallick (TO THE WONDER, KNIGHT OF CUPS) qui ferait pourtant étonnamment sens. Sommes-nous épuisés par le mouvement incessant de la caméra – en un sens nous ne cessons de courir dans tous les sens durant 90 minutes qui nous semblent dès lors très longues – que certaines séquences sont impayables : si Sharlto Copley dans le rôle de Jimmy est saisissant, notre pleine excitation revient à l’emploi de certaines pistes musicales à l’instar de « Don’t Stop Me Now » de Queen et à une mirifique scène de cheval.

HARDCORE HENRY
♥(♥)
Réalisation : Ilya Naishuller
Usa / Russie – 2015 – 90 min
Distribution : Victory Productions / Remain in Light
Action / Fantastique

Hardcore Henry - affichehardcore-henry-hardcore HARDCORE HENRY

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