Critique : Happy End

On 09/10/2017 by Nicolas Gilson

Cinq ans après le sacre d’AMOUR, Michael Haneke signe un film au titre à nouveau ironique : HAPPY END. Proposant l’« instantané d’une famille bourgeoise européenne » vivant à Calais, il retrouve les « petites perversions de la bourgeoisie » dont il esquisse le portrait sans réellement convaincre, attestant néanmoins d’une esthétique singulière – intégrant notamment les nouvelles technologie dont Snapchat. Fidèle à lui-même, il photographie ceux qui se permettent de regarder le monde de haut et questionne leur humanité. Caustique sans être exhalant : HAPPY END est un Haneke en mode mineur (le réalisateur n’en demeure pas moins virtuose).

Happy End - Fantine Harduin

Invitée à séjourner dans les appartements de son père en raison de l’hospitalisation de sa mère, Eve (Cantine Harduin) découvre le petit monde de la famille Laurent dont Georges (Jean-Louis Trintignant) est le patriarche. Anne (Isabelle Huppert), la fille aînée, est entrepreneuse et tente de maintenir à flot l’entreprise que son fils Pierre (Frantz Rogowski) gère de façon impulsive. Thomas (Mathieu Kassovitz), le benjamin de Georges, est marié en seconde noces à Anaïs (Laura Verlingen) avec qui il vient d’avoir un garçon. A leur service, Rachid (Hassam Ghancy) est l’homme à tout faire et son épouse Jamila (Nabiha Akkari) la cuisinière.

Quelques vidéos diffusées et commentées en direct sur l’application Snapchat. Une femme est épiée dans la ritualité de sa préparation pour aller dormir, un hamster teste des antidépresseurs, une femme est plongée dans un profond sommeil… Les commentaires traduisent le mal-être d’un enfant ou d’un adolescent dont nous ignorons alors tout. Le sarcasme s’impose d’emblée avec le titre, HAPPY END. Le programme est assis dès les premières scènes : Michael Haneke nous confronte littéralement à ses personnages au fil d’instants « volés », impressionnés à travers un fixité du cadre et une approche frontale. Avec pour décor le petit théâtre de la grande bourgeoise, le réalisateur intègre leur froideur pour mieux la révéler.

Happy End - Jean-Louis Trintigant

Après deux « incidents » résumés chacun en un plan – un accident de chantier et l’hospitalisation de la mère d’Eve (qui se révèle alors être les réalisatrice des vidéos Snapchat), nous découvrons Georges, Anne, Pierre et Anaïs lors du repas du soir : un moment de partage où cette notion même apparaît clairement ne pas faire partie du vocabulaire familial. L’accueil d’Eve ne sera guère plus chaleureux, et sera révélateur de ce que le silence pour lequel opte la famille dissimule. La première adresse de Georges à l’égard de sa petite fille, dont il parle devant elle à la troisième personne, exacerbera la froideur générale : « Et tu vas rester ici ? » Comment vous mettre confortable…

Au fil des séquences, Michael Haneke propose un tableau bien sombre dépourvu d’espoir dès lors qu’il est logiquement incarné par Eve, une enfant qu’il rend inquiétante au fil des interactions tandis qu’elle se meut en observatrice d’un monde qui peu à peu l’intègre en son sein. L’écriture est habile, la mise en scène chirurgicale et la distribution implacable (à l’exception de Dominique Besnehard qui donne à l’ensemble un caractère de farce). Nous regrettons cependant de ne pas être surpris, choqués ou tiraillés. Mais peut-être que la froideur des rapports sociaux et le manque d’humanité ne nous atteignent simplement plus…


Happy End: Extrait HD par cinebel

HAPPY END
♥♥(♥)
Réalisation : Michael Haneke
France – 2017 – 107 min
Distribution : Cinéart
Drame

Cannes 2017 – Sélection Officielle – Compétition Officielle

Happy End - Isabelle HuppertHappy End - Franz Rogowski Happy End - Laura Verlinden Happy End - Mathieu Kassovitz Happy End - Toby Jones

mise en ligne initiale le 23/05/2017Happy End - affiche

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