Critique : Hannah

On 09/09/2017 by Nicolas Gilson

Après avoir transcrit la tragique destinée de Médée dans une version contemporaine singulière et hypnotique (MEDEAS, 2013), Andrea Pallaoro propose avec HANNAH un nouveau portrait de femme en pleine bascule. Offrant à Charlotte Rampling un rôle d’une intensité rare, il signe un film déchirant fort d’une approche esthétique aussi sublime que glaciale.

Un cri ouvre le film. Face à nous, Hannah hurle. En une fraction de seconde nous sommes interloqués et abasourdis. La fixité du cadre assoit un malêtre bientôt dissipé, d’autres cris répondant au premier et le contextualisant. Hannah était simplement à un cours de théâtre amateur. Discrète, la femme disparaît vers sa routine quotidienne. Nous la retrouvons chez elle posant des gestes anodins, mais révélateurs d’une certaine ritualité. Elle partage un repas avec son mari, silencieusement. Nous la découvrons à travers son attitude tout en fantasmant une réalité dont le décor serait l’écho.

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Hannah devient mystérieuse lorsqu’elle accompagne son époux en prison pour son incarcération : derrière leur discrète complicité se cache le secret père d’une situation dont les contours ne seront qu’esquissés.

Avec la complicité de son co-scénariste Orlando Tirado, Andrea Pallaoro relègue toute ligne strictement narrative au second plan afin de mettre en scène une femme qui tente de garder la face en trouvant la force nécessaire dans une ritualité pourtant mise à mal. Hannah épouse peu à peu une forme de déni : elle se rend à son travail et continue ses activités comme si de rien n’était. Pourtant, le poids de l’absence de son mari et l’écho qui en résulte suscite en elle un réel vertige. Le monde semble se replier sur elle. Mais toute sensation d’étouffement ne sous-entend-elle pas la respiration, le souffle nécessaire ainsi mis à mal ?

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Les murmures du passé suggèrent-ils que le déni est une chose que Hannah maîtrise habilement qu’elle bascule insensiblement. Les textes qu’elle travaille au théâtre comme la maison de verre où elle est femme de ménage nourrissent symboliquement la volcan qui bout en elle et la fait vaciller. Nous l’observons et, à mesure, la redécouvrons sans cesse, scène après scène.

Optant pour une fixité presque absolue et une palette de couleurs froides (à l’image des tenues de Hannah), Andrea Pallaoro nous confronte littéralement à sa protagniste. Il porte le choix d’une approche naturaliste, impressionnant les gestes que pose Charlotte Rampling, habitée par un personnage dont elle transcende graduellement l’émoi sans craindre de se mettre à nu (un jeu d’autant plus délicat que le film comporte très peu de dialogue et que tout sentiment passe par le corps). D’abord spectateurs curieux, nous nous interessons moins aux raisons de l’enfermement du mari d’Hannah qu’à son ressenti. Aussi prétrifiés pouvons-nous être face à ce secret – dont la gravité se dessine dans la froideur d’un échange entre Hannah et son fils – nous faisons peu à peu corps avec elle dès lors que nous en percevons les failles. « Sensationnelle », elle nous habitera longtemps encore après le générique de fin.

HANNAH
♥♥♥♥
Réalisation : Andrea Pallaoro
Italie / France / Belgique – 2017 – 90 min
Distribution : Imagine Film
Drame

Venise 2017 – Sélection Officielle – Compétition Officielle
Copa Volpi d eta Meilleure Actrice – Charlotte Rampling

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