Critique : Good Luck Algeria

On 09/04/2016 by Nicolas Gilson

S’inspirant de l’aventure vécue par son frère, Farid Bentoumi signe un premier long-métrage autour d’une histoire familiale qu’il dessine comme universelle. Centrant son attention sur un protagoniste contraint au dépassement de soi, il questionne les notions de transmission et de racines. Se muant en un trajet initiatique, alors que plusieurs générations et autant de cultures entrent en dialogues, GOOD LUCK ALGERIA séduit par son humanité.

Good Luck Algeria

Fabriquant de skis haut de gamme pour la marque Duval, Sam (Sami Bouajila) est un véritable artisan. Excité par la signature d’un contrat avec un athlète olympique, il déchante lorsqu’il apprend que ce dernier n’enfilera pas les Duval aux Jeux de Turin. Ce sponsoring était pour l’entreprise l’ultime chance de garder le soutien des banques nécessaire afin de ne pas faire faillite. Stéphane (Franck Gastambide), le directeur de la marque qui porte son nom, a alors une idée : qualifier Sam sous la bannière du pays d’origine de son père, l’Algérie. Un pari aussi fou que désespéré.

Avec la complicité de Noé Debré et de Gaëlle Macé, Farid Bentoumi compose un scénario apriori simple et épuré au coeur duquel convergent de nombreux enjeux sociétaux. Toujours réaliste et empli d’une délicate poésie, le film semble séquencé en plusieurs chapitres qui se nourrissent les uns les autres afin de tendre à un portrait très riche d’une « famille française » qui, au-delà de l’aventure extra-ordinaire qu’elle vit, se veut commune et dès lors universelle.

Nous plongeant d’abord dans un drame ordinaire, Farid Bentoumi magnifie la complicité entre Sam et sa compagne Bianca (sublime Chiara Mastroianni) tout en prenant le pouls d’une cellule familiale sur trois générations. Les personnages secondaires ne sont pas simplement au service d’un récit mais y prennent pleinement part grâce à des personnalités façonnées intelligemment et une interprétation très fine permettant par exemple aux tensions les plus banales entre un frère et une soeur ou aux silences entre un père et son fils de faire sens.

Good luck

Épousant le regard de Sam, l’écriture témoigne d’une légèreté qui transcende la naïveté première du protagoniste qui se bat pour ne pas abandonner un rêve quitte à mettre en péril sa situation financière et familiale. L’approche esthétique magnifie cette énergie, tout en permettant aux autres voix de s’exprimer. Lorsque Sam décide d’arborer les couleurs de l’Algérie, il n’y voit qu’un outil alors que son père y projette une finalité.

A la prime ligne narrative – le combat de Sam pour sauver son entreprise – répond une autre, beaucoup plus vaste, sur la transmission qui se nourrit elle-même du vécu de chaque membre de la cellule familiale. La multiplicité des points de vues – y compris ceux de la mère (Hélène Vincent) et de la soeur de Sam (Fadila Belkebla) – met en question la singularité du rapport entre l’individu et la culture qu’il porte en lui, puisse-t-il quelque fois penser le faire malgré lui voire refuser de le faire.

Parvenant à se mettre à distance d’une histoire qui pourtant lui appartient, Farid Bentoumi tisse une réalité commune, celle de la France d’aujourd’hui, riche de sa diversité, en invitant les spectateurs à en prendre conscience avec un regard neuf, émancipé de ses aprioris et de ses certitudes.

GOOD LUCK ALGERIA
♥♥
Réalisation : Farid Bentoumi
France / Belgique – 2016 – 91 min
Distribution : Lumière
Aventure (extra)ordiniare

good_luck_algeria_affiche

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