Critique : Get Out

On 02/05/2017 by Nicolas Gilson

Jouant avec malice avec les clichés du cinéma commercial – qu’il soit romantique comme de genre – Jordan Peele propose avec GET OUT un voyage surprenant et inattendu nourri de suspens et d’horreur. Un premier film surprenant, cynique et glaçant qui aborde de manière singulière le racisme qui gangrène nos sociétés. Un titre qui vaut comme un avertissement. Méfiez-vous de vos beaux-parents, surtout s’ils sont blancs, se présentent comme un couple idéal et vivent dans une vaste demeure isolée au milieu des bois.

Get Out famille

Chris (Daniel Kaluuya) et Rose (Allison Williams) nagent en plein bonheur. Formant un couple mixte (il est Afro-Américain, elle est blanche), les tourtereaux ont atteint une étape symbolique et Chris s’apprête à rencontrer ses beaux-parents. L’escapade, le temps d’un week-end, promet d’être bucolique. Mais Chris craint toutefois que les parents de Rose n’accepte pas sa couleur de peau. Pourtant Missy (Catherine Keener) et Dean (Bradley Whitford) se révèlent excessivement gentils. Trop sans doute.

En guise de prologue (ou de mise en bouche), le film s’ouvre sur un enlèvement. Un homme est en rue, cherche une adresse et a, peu à peu, un mauvais pressentiment. Trop tard. La séquence est efficace et nous laisse interdits. L’orchestration l’emporte, nous découvrons Chris et Rose, et déjà nous oublions ce dont nous avons été les témoins à mesure que nous basculons dans une comédie romantique nourrie de clichés.

La caractérisation personnages se dessine au rythme d’élans romanesques et d’un dialogue mettant à nu les appréhensions du jeune homme. Ce à quoi Rose lui répond que son père lui dira très certainement que s’il avait eu l’occasion il aurait voté une troisième fois pour Obama… Ils prennent la route, malgré l’avertissement (lui-même nourri de clichés) du meilleur ami de Chris à qui il confie son chien. Chemin faisant, ils ont un léger accident et font face au « racisme ordinaire » auquel Chris est habitué, mais qui met Rose hors d’elle. Suit la rencontre avec la famille et la découverte d’une propriété des plus huppée, isolée au milieu des bois et entretenue par un personnel afro-américain…

Get-Out

L’action est jusqu’alors banale. Seule l’orchestration musicale laisse présager le pire tout en surlignant des effets de mise en scène dont le réalisateur semble s’amuser. L’atmosphère fait écho à la paranoïa de Chris aux yeux de qui le comportement du personnel de maison est des plus inquiétant. Afin d’ancrer plus avant ce jeu paranoïaque, le réalisateur joue directement avec nous. Jordan Peele nous rend témoin de l’hypnose de Chris par Missy avant de nous confronter à son réveil. Avons-nous été les témoins d’un basculement narratif ou ceux d’un cauchemar induit par la paranoïa première ?

Nous tenant encore quelques instants en haleine, le réalisateur nous rend pleinement complice de Chris alors que nous découvrons, comme lui, qu’il est enfermé au coeur d’un huis-clos démoniaque… Comme lui, nous sommes pris au piège.

Nourrie de second degré, la mise en scène est à la fois glaçante et savoureuse. Les clichés s’enchainent afin de nous séduire (ce caractère commun n’est-il pas rassurant ?) et de nous surprendre, si bien que l’on se croirait au sein d’un épisode d’Arabesque dont Jessica Fletcher est cependant absente… Le léger surjeu séduit d’autant plus qu’il se révèle être le vernis d’un masque qui ne demande qu’à se craqueler… Le suspens court au thriller, et le thriller à l’horreur. Une horreur d’abord contenue dans les dialogues – les idées (ou idéaux) racistes auxquelles est confronté le protagoniste – et les situations réalistes avant de basculer, inexorablement, vers un délire dont le caractère fictionnel est pourtant nourri d’une mythologie raciste.

GET OUT
♥♥(♥)
Réalisation : Jordan Peele
USA – 2017 – 103 min
Distribution : Sony Pictures Belgium
Thriller

Get Out Affiche

get-out-jordan-peele

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