Critique : Florence Foster Jenkins

On 02/08/2016 by Nicolas Gilson

Avant d’inspirer à Xavier Giannoli le rôle titre de MARGUERITE, Florence Foster Jenkins aurait donné naissance dans l’imaginaire de Hergé au personnage de la Castafiore. Décédée en novembre 1944, elle donnera auparavant un concert au Carnegie Hall et se risquera à quelques enregistrements qui feront de sa voix une légende… S’intéressant à la soprano alors qu’elle est, sans vraiment le savoir, à l’hiver de sa vie, Stephen Frears met en scène avec FLORENCE FOSTER JENKINS une comédie burlesque et colorée qui n’est pas moins un hommage à une personnalité qui vécu pour et par l’amour de la musique. Du rire aux larmes (de rire).

« People could say I couldn’t sing but they couldn’t say I didn’t sing »

D’emblée Stephen Frears nous confronte à un véritable spectacle. À New-York, en 1944, Florence Foster Jenkins (Meryl Streep) est « l’ange de l’inspiration » de St Clair Bayfiled (Hugh Grant) et une mécène qu’une certaine haute société respecte malgré son excentricité. Nous la découvrons alors qu’elle foule la scène, tantôt angoissée en coulisse, lors d’un gala de charité en l’honneur de son club féminin – son récital annuel. Le personnage public se dévoile bientôt dans l’intimité, fatiguée par la représentation et mise au lit par le maître de cérémonie qui s’avère être son mari… mais en pas dormir dans son appartement.

Florence Foster Jenkins

Tout en ancrant une dynamique humoristique, la grâce du scénario est de révéler par touches impressionnistes la complexité de la situation amoureuse qui lie Florence Foster Jenkins à son second mari. Elle se rêvait cantatrice et lui se voyait acteur. L’un et l’autre le sont à leur manière. L’introduction d’un personnage extérieur au couple devient le garant de notre complicité nous permettant de nous placer à distance de leur relation en s’amusant de l’extravagance qui entoure la figure de la richissime soprano. Décidant de reprendre des cours de chants avec Arturo Toscanini, Florence Foster Jenkins est à la recherche d’un pianiste : Cosme McMoo (Simon Helberg) l’enchante avec un air de Saint-Saëns (!) et obtient le travail pour lequel nombreux se pressent… sans avoir conscience de ses contours puisque les récitals de la bienfaitrice se font à bureaux fermés (l’audience étant triée sur le volet).

Développant une relation triangulaire aussi impayable que troublante, le scénariste Nicholas Martin offre à Stephen Frears un matériau « cousu main » que le réalisateur met en scène avec virtuosité. Les dynamiques de découpage et de montage sont garantes du rire tout en nous fondant au ressenti, pluriel voire contradictoire, des personnages. Contrairement à sa protagoniste, Stephen Frears bat la mesure avec une justesse incroyable trouvant un équilibre entre la sincérité des sentiments et une approche quasi burlesque. Si le rythme du film est des plus séduisant, les compositions musicales d’Alexandre Desplat assurent des transitions d’une rare fluidité. L’ensemble, aussi excentrique soit-il, est « sobre et élégant ».

Ce raffinement et cette maîtrise permettent aux acteurs de pleinement « performer » sans crainte du ridicule. Le casting est habile, si Meryl Streep est (une nouvelle fois) époustouflante, Hugh Grant et Simon Helberg donnent à la comédie la liberté de se déployer. De nombreux seconds rôles colorent le film, offrant au réalisateur la possibilité de le nourrir des caractéristiques d’une époque tout en lui offrant au-delà un caractère universel dans les rapports humains.

FLORENCE FOSTER JENKINS
♥♥♥
Réalisation : Stephen Frears
USA / Royaume-Uni – 2016 – 110 min
Distribution : Paradiso
Comédie (dramatique) / Biopic (burlesque et troublant)

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