Critique : Everything, Everything

On 15/08/2017 by Nicolas Gilson

Le quotidien d’un critique cinéma est apriori répétitif dès lors qu’il n’est pas en festival – son quotidien étant alors plus encore répétitif. Il enchaine les projections, voyage d’un univers à l’autre, dans l’espoir de quelque découverte ou de quelque surprise – le singulier s’imposant à lui plus souvent qu’il ne le voudrait. Il a ses habitudes comme ses tocs, si bien que chaque jour peut lui paraître semblable. Exactement comme Maddy, l’héroïne de EVERYTHING, EVERYTHING, enfermée dans une tour de verre dont chaque jour est la répétition du précédent. À la différence près que le critique a le loisir de sortir de la salle, de s’enfuir pour faire ce qu’elle ne peut pas : respirer. Sérieux, il demeurera enfermé dans la salle obscure et espérara, comme Maddy, qu’aujourd’hui sera différent. Mais force est de constater que, devant EVERYTHING, EVERYTHING, rien n’est différent. Rien. Absolument rien. Réalisée par Stella Meghie, cette adaptation du roman éponyme de Nicola Yoon (par LE scénariste J. Mills Goodloe) est une bleuette détestable, d’une mièvrerie crasse, qui véhicule une image pittoyable des femmes – à l’exception peut-être d’une héroïne trop naïve – une image d’autant plus détestable que le film s’adresse à un public adolescent trop perméable à une réprésentation dont il risque d’intégrer les codes garants d’une société patriarcale et machiste. Points de suspension.

Eveyrthing Everything

Maddy souffre d’un déficit immunitaire qui lui interdit tout contact avec l’extérieur. Elle vit depuis toujours dans la maison familiale avec sa mère qui est également son médecin. Elle vit dans un espace stérile (ou presque) garanti par un sas de sécurité (pensé par un imbécile) et ne porte que des vêtements irradiés (une collection de 100 t-shirts blancs, parfaitement identique, dont l’intérêt nous échappe). Elle s’occupe comme elle peut, entre ses activités de lecture, de gymnastique et de blogging. Comme elle nous le confie : « everyday feels the same ». Ou peut-être pas. « Maybe today is different » car emménage dans la maison voisine un skater grassouillet (sans quoi on nous aurait montrer ses abdos) dont elle tombe fatalement amoureuse au premier regard. Sous le charme sans même savoir si son nouveau voisin (a priori le seul et unique spécimen de sexe masculin jamais vu en dehors de la télévision) a la voix de Donald Duck, Maddy rêve que son rêve se concrétise : respirer l’air extérieur (et rouler des pelles).

♠ Spoiler Alert : Maddy n’est pas malade et la réalisatrice ne maîtrise en rien l’effet de surprise notamment à cause d’un scénario malhabile 

Après une brève introduction où Maddy nous explique son cas clinique (une petite animation des plus didactique) et l’éveil amoureux, le quotidien de la jeune fille bascule. Elle fête ses 18 ans, et est donc en droit de frétiller du slip. Elle profite de la possibilité d’avoir des cartes de crédits pour faire péter les achats sur Modcloth afin de séduire son prince charmant. Elle opte pour un bleu ciel décliné dans tout ce qui peut mouler ses seins et dénuder son nombril. L’avantage d’un prince charmant étant qu’il ne remet pas plus que la princesse la fatalité en cause, il est lui aussi amoureux de Maddy au premier regard – mais il provoque ses petits rires et soupirs avec des idées diablement éculées depuis « Sauvez par le Gong ». Si l’intrigue tient en trois lignes, les illogismes composeraient un chapitre entier à commencer par une maison aux baies vitrées, catalogue mobilier et accessoire trendy 2017-2018, où est cachées du monde une jeune fille qui passe ses journées à la fenêtre… Nous passerons sur l’intrigue qui pourrait être le meilleur terreau qui soit à une comédie hilarante ou à une telenovela (un genre où la réalisatrice excellerait tant elle parvient à obtenir un surjeu éblouissant de la part de ses acteurs), pour nous arrêter un instant sur les personnages féminins. Nous songerons un temps, pendant l’assommante projection (96 minutes peuvent paraître des heures), découvrir une métaphore de la société raciste américaine (voire occidentale) avant que le basculement narratif révélant la perversion de la mère de Maddy ne nous prive de ce fantasme (offrir aux films un intérêt qu’ils n’ont pas ou tenter de le faire, voilà le fantasme du critique).

Arrêtons-nous donc sur les personnages féminins. Désolé, nous faisons comme Maddy dans ses « reviews », on spoile – mais il s’agit d’un spoil trop commun. Maddy est donc une princesse trop naïve qui attend son prince charmant tandis que sa mère est une folle perverse. Fatalement faibles, les personnages féminins sombrent dans la folie (l’hystérie?) ou risquent de s’y enliser si un homme (le prince charmant) ne les en sort pas. Passons sur les personnages des infirmières – l’une trop gentille et plus naïve encore que Maddy, l’autre rigique et plus perverse encore que la mère – comme sur le personnage dépourvu de personnalité de la meilleure amie (réceptacle à quelques répliques), pour nous intéresser au personnage de la mère du prince charmant : une autre faible femme, dominée par son mari (entendez battue et humiliée quotidiennement) et qui a besoin de la vitalité de son fils pour enfin oser prendre son envol. Narrativement déplorable, l’archétypalisation des personnages féminins est assise par l’approche esthétique qui, sous un prétexte d’éveil à elle-même, objectualise Maddy (réduite ou presque à ses seins) sans que jamais le prince ne soit érotisé. Parfaite intégration du principe de réification alors qu’il eut été logique que Maddy érotise celui dont elle s’éprend. Mais non. Comment cela est-il possible si elle est un objet ? Fermons la parenthèse et retournons à notre quotidien.


Everything, Everything: Trailer HD VO st bil par cinebel

EVERYTHING, EVERYTHING

Réalisation : Stella Meghie
USA – 2017 – 96 min
Distribution : Warner Bros. Belgium
Comédie romantique

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Tout risquer par amour du cinéma… ou pas ?

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