Critique : Eternité

On 13/09/2016 by Nicolas Gilson

Adaptation de « L’élégance des veuves » d’Alice Freney, ETERNITE en garde l’essence et, le plus souvent, les mots. Tran Anh Hung, réalisateur notamment de LA PAPAYE VERTE et de LA BALLADE DE L’IMPOSSIBLE, transpose son propre ressenti en mettant en scène un film exagérément affecté dont la seule richesse est son artifice. Optant pour une pleine « expressivité », le cinéaste tente une expérience qui se révèle d’autant plus cauchemardesque pour le spectateur qu’il propose une vision de la femme réduite à son état de bonne pondeuse.

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- Es-tu heureuse ?
– Oui. Pourquoi cette question ?
– Parce que je le suis et je voudrais que tu le sois aussi.

A la fin du 19ème Siècle, Valentine (Audrey Tautou) est promise à Jules (Arieh Worthalter). Bientôt mère, elle ne se doute pas qu’elle va avoir « une vie très longue à regarder partir les autres sans pouvoir les retenir ». Son histoire nous est contée en un premier mouvement avant de s’intéresser au sort de Mathilde (Mélanie Laurent), mariée à Henri (Jérémie Renier) et complice de Gabrielle (Bérénice Bejo). Des hommes et des femmes se rencontrent, s’aiment, s’étreignent durant un siècle, accomplissant ainsi les destinées amoureuses et établissant une généalogie.

Recourant d’entrée de jeu à une narratrice qui nous présente un couple et leur trois enfants, le réalisateur s’approprie le texte d’Alice Freney en l’extériorisant. A l’exaltation du langage, aussi monotone soit-il, répond l’expressivité (grandiloquente) d’une mise en scène ampoulée proprement représentative. Nous attendons-nous à ce que l’action démarre que le programme s’impose à nous : l’éternité dont il est question nous est contée, d’épisode en épisode, telle une litanie ronflante et monocorde.

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À l’évocation répond un enchainement de tableaux affectifs (et affectés) montrant les états, l’émoi, d’une haute bourgeoisie où les femmes enfantent tandis que les hommes sont supposés travailler ou meurent à la guerre. La pédanterie esthétique est totale au point de sombrer dans le ridicule faisant des personnages – et de leurs interprètes – de vulgaires poupées de cire. Les non-dits de l’auteure deviennent alors des secrets obscurs que le réalisateurs aborde sans leur donner sens, refermant dessus le poids de la morale. « Et de leur part, à leur époque, c’était une chose surprenante ».

L’ensemble est enrobé musicalement par des partitions qui semblent se fondre au point de ne former qu’un seul et interminable mouvement qui, malgré les images d’un passé qui hantent les protagonistes, se veut heureusement chronologique. À mesure que le temps passe et que la mort rattrape les personnages, elle sonne comme une cruelle échappatoire…

Marquant les corps jusqu’à creuser d’impressionnantes rides sur des visages que le réalisateur s’est auparavant appliqué à rendre lisse, le temps nous saisit inexorablement en un tourbillon dont nous rêvons de nous échapper. Il s’agit alors de s’arrêter sur les détails des décors (impressionnant travail de Véronique Sacrez) et des costumes, ou sur la beauté d’une photographie (signée Tran Nu Yên Khê) dont l’artifice pourtant se veut assassin pour ne pas étouffer, ne pas hurler et patienter jusqu’à ce que, enfin, la voix se taise.

L’ETERNITE

Réaliation : Tran Anh Hung
France / Belgique – 2016 – 115 min
Distribution : Cinéart
Drame

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