Critique : En Amont du Fleuve

On 27/11/2016 by Nicolas Gilson

Amoureuse des hommes et de la nature, Marion Hänsel compose avec EN AMONT DU FLEUVE un trajet identitaire mettant en scène deux frères, inconnus jusqu’alors. À mesure qu’ils remontent un cours d’eau au fin fond de la Croatie, la réalisatrice questionne leur nature profonde et sonde la douleur indicible qui les habite tandis qu’ils tentent de comprendre la mort de celui dont ils doivent irrémédiablement faire le deuil.

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Provoquant à l’écran la rencontre entre Olivier Gourmet et Sergi Lopez, Marion Hänsel leur écrit des rôles antagonistes, mais néanmoins sensibles, afin qu’ils se confrontent littéralement. Etablissant d’entrée de jeu contraste caractériel, la réalisatrice offre à ses personnages quelque respiration avant que leur périple ne prenne place afin que nous prenions conscience, comme eux, de la situation de huis-clos à ciel ouvert dans lequel ils se glissent. Et s’il nous faut adhérer à l’intrusion plutôt absconse d’un chien sur leur embarcation, nous sommes curieux de découvrir à la fois où cette réunion peut les conduire et ce qui l’a engendrée.

Incarné par le premier, Homer, un ancien chauffeur de camion aujourd’hui à la tête de son entreprise, exprime rapidement son malêtre en se montrant volubile et en levant le coude, sans mesure aucune. Il envie Joé d’avoir connu celui qui pour lui ne fut qu’une photographie sans se rendre compte que derrière son silence la souffrance n’est pas moindre. Fatalement gauche, le dialogue entre les deux hommes est riche de ses failles tout en été bercé par les sons environnants et la force d’une nature qui les dépasse, les surpasse.

EnAmontDuFleuve_MarionHänsel

S’enfonçant peu à peu au coeur de celle-ci, les deux frères questionnent les circonstances de la mort de leur père. C’est en mettant en scène un troisième homme (John Lynch) que la cinéaste y répondra. Peu habile d’un point de vue scénaristique, cette réponse pragmatique clôt un basculement dont le caractère intrigant n’a que peu de corps et fait proprement chavirer le film jusqu’alors guidé par son caractère symbolique. Comme si le substrat même de son récit échappait à Marion Hänsel dès lors qu’elle éloigne ses personnages de l’eau matricielle.

Bien que nous soyons nourris par l’éclat de la photographie – jusque dans son obscurité – et littéralement impressionnés par l’hypothèse sonore (et inversement), le périple introspectif auxquels nous prenons part devient, plus que pour les personnages, un réel camouflet lorsque la réalisatrice leur fait dire qu’après tout, ce voyage, ils s’en foutent. Brisant par là la symbolique à laquelle nous nous rattachions tant bien que mal.

EN AMONT DU FLEUVE

Réalisation : Marion Hänsel
Belgique / Croatie – 2016 – 90 min
Distribution : Cinéart
Comédie dramatique

FIFF 2016 – Compétition OfficielleEn amont du fleuve - affiche

En AMONT du fleuve - tournage

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