Critique : El Olivo (L’Olivier)

On 12/07/2016 by Nicolas Gilson

Sur base d’un scénario signé Paul Laverty (le scénariste de Ken Loach), Icíar Bollaín questionne l’importance des racines et, partant d’un vulgaire drame familial, nous confronte à un société en perdition dès lors qu’elle vends son âme au diable. Le discours est limpide et l’approche peu gracieuse, mais le discours fait mouche tandis que le film se meut en un road-movie sentimentaliste des plus efficace.

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Inquiète du mutisme dans lequel se réfugie son grand-père, Alma fait face à sa famille décidée à le placer en home. La jeune fille, qui s’occupe de poulets élevés en batterie, a conscience que son aïeul souffre depuis que son père et son oncle l’ont contraint à vendre un olivier millénaire. Afin d’apaiser l’âme de celui qui lui a transmis une forme inébranlable d’amour, Alma se met en quête de l’arbre dont les racines – ses racines – appartiennent à sa terre…

C’est avec un plein exotisme que Paul Laverty transpose les thématiques qui lui sont chères dans les oliveraies espagnoles afin de développer un combat de David contre Golliath qui oppose une vulgaire paysanne au capitalisme démoniaque. Nourrie de flash-backs dignes d’une publicité Herta (le souvenir des bonnes choses), la mise en place est à la fois efficace et plombante. Révélant la protagoniste à travers les gestes quotidiens d’une « culture » qui n’a plus rien d’humain, le prologue souligne l’importance de la transmission mais aussi la réalité d’une rupture entre les générations. En effet, le refuge dans le silence du grand-père exacerbé l’impossibilité du dialogue avec ses enfants dès lors qu’il n’ont pas de la vie une vision commune. Dans ce contexte – celui de nos sociétés européennes – Anna incarne l’espoir d’une nouvelle communion.

Trop d’enjeux s’enchâssent toutefois avant que le film ne trouve son rythme et nous emporte sur la route qui mènera Alma à l’olivier de son cœur… et à ses racines – autant dire que le développement est assez rhétorique et prévisible.

Témoignant d’une approche à la fois réaliste et farouchement artificielle (outre les flash-backs « chaleureux » évoquons les fous rires qui n’ont rien de naturel), la réalisatrice signe un film à la fois consensuel et didactique, gentiment moralisateur. Ce faisant, elle parvient toutefois à livrer une photographie assez juste de nos sociétés. De l’Espagne mise à sang par l’Europe à l’Allemagne qui se veut parallèlement métaphore du capitalisme excessif et terre de mouvements citoyens contestataires, elle signe une allégorie pleine de sens et de bons sentiments. Un bonbon qui manque cruellement d’acidité.

EL OLIVO
L’Olivier

Réalisation : Icíar Bollaín
Espagne / Allemagne – 2015 – 98 min
Drame

BRFF 2016 – CompétitionEl Olivo - affiche - L'olivier the-olive-tree-el-olivoEl olivo - critique

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