Critique : Dunkerque (Dunkirk)

On 18/07/2017 by Nicolas Gilson

Faire vivre la guerre en immergeant intégralement le spectateur dans un tourbillon où, entre la mer et les airs, le temps devient une spirale infernale, voilà le pari réussi de Christopher Nolan. S’intéressant à l’évacuation de troupes alliées – et a priori britanniques – de Dunkerque en mai 1940, le réalisateur compose une tragédie au coeur de laquelle il mythifie la figure héroïque de l’homme (jusque) dans la défaite. Un film grandiloquent, mais néanmoins obscène dès lors que la notion même de « spectaculaire » domine l’approche (elle même dominé par la musique impérieuse de Hans Zimmer).

Dunkerque - tommy

Afin de nous plonger dans la dynamique plurielle de l’opération « Dynamo », Christopher Nolan entremêle trois principales lignes narratives ou plutôt représentatives. Il met ainsi en scène Tommy (Fionn Whitehead), un jeune soldat qui, mis en joue dans les rues assiégées de Dunkerque, découvre bientôt le théâtre de l’évacuation : « le môle ». Le jeune homme se détache-t-il de la masse « grouillante » de soldats que son ne leur est pas moins commun. Il rencontre un autre soldat aussi jeune que lui, Gibson (Aneurin Barnard), et découvre en un regard un secret dont il ne dit mot par solidarité ou compassion. Une fois ce premier cadre assis, Nolan esquisse deux autres points de vues qui correspondent aux autres scènes de l’action : « la mer », avec l’équipage d’un bateau plaisancier réquisitionné par l’armée britannique, et « l’air », avec des officiers britanniques.

Le décor de la représentation est assis par une succession d’intertitres qui esquissent la réalité au sein de laquelle Nolan nous plonge en même temps que Tommy – des tirs mortels au milieu d’une rue déserte jonchée de tracts de propagande aux plages où grouillent les soldats dans l’espoir d’une évacuation. Deux indications temporelles s’inscrivent en sous-titre sans encore faire sens : « une semaine » (le môle) et « un jour » (la mer). Le gage de la représentation est de fondre en un même élan la réalité plurielle de l’opération « Dynamo » avec d’une part « l’attente » des soldats et les tentatives d’évacuation mises à mal par les bombardements, les tirs et les torpilles et de l’autre la flotte alternative des plaisanciers et l’intervention avisée autant que périlleuse de l’aviation (très réduite). La force du montage s’impose, son artifice aussi.

Dunkerque - Tom Hardy

Cet artifice domine paradoxalement l’approche. Filmant en 70mm Imax (et Super Panavision 65mm), Christopher Nolan tient-il à nous faire ressentir la réalité de la guerre – et de ses acteurs – qu’il démultiplie les axes de prise de vue non sans insistance soulignant ce qu’il saisit (et révèle) pourtant en un regard. Il nous emporte tantôt dans l’action ou nous y confronte sans pour autant jamais nous donner la possibilité d’en avoir une vue d’ensemble (la spatialisation ne semblant avoir d’importance que lorsqu’elle lui permet d’attester de ses prouesses de mise en scène). Peu de dialogues prennent place, ce qui est heureux tant le cinéaste les rend didactiques au-delà de leur aspect platement informatif lorsqu’ils ne deviennent pas moralisateurs ou carrément propagandistes – notons que la morale de l’histoire serait double : l’acceptation de l’héroïsme dans la défaite d’une part et la cadeau du salut, de toute délivrance, le moment venu, par le Nouveau Monde (aka the United States of America).

Si la représentation se dessine quelque peu au fil d’une interprétation elle-même tantôt hyper-réaliste, tantôt over-dramatique et théâtralisée (principalement quelques épisodes sur le bateau où le jeu tient presque du cinéma primitif), elle est enfin – et peut-être surtout – assise par la musique incessante de Hans Zimmer. Plurielle et grandiloquente à l’image de la mise en scène, elle est dictatoriale au point de dominer chaque scène d’action et d’imposer tout ressenti. Autre paradoxe : la musique s’impose comme un médium absolu évacuant au second plan ce qui semble en devenir la plate mise en images (aussi « grandiose » soit-elle).

Bien qu’assise en tant que telle, la représentation pose toutefois question : la guerre est-elle ou peut-elle être en soi un spectacle ? Vivre virtuellement la guerre, comme si nous y étions (l’IMax nous faisons même ressentir le souffle des bombardements), tient-il ou non de l’obscène ?


Dunkirk: Official Trailer HD VO st bil par cinebel

DUNKRIK
Dunkerque
♥/♥♥
Réalisation : Christopher Nolan
USA / Royaume-Uni / France – 2017 – 106 min
Distribution : Warner Bros.
Action

Dunkerque afficheREADY PLAYER ONE

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>