Critique : Dode Hoek (Angle Mort)

On 13/01/2018 by Nicolas Gilson

Retrouvant son complice d’écriture Laurent Brandenbourger, Nabil Ben Yadir signe un thriller politique explosif qui repose sur un pari osé : demander au spectateur de s’attacher à un protagoniste détestable jusqu’à épouser son ressenti au fil d’aventures rocambolesques. Véritable film de genre, DODE HOEK (Angle mort) prend racine dans un contexte socio-politique qui fait écho à la réalité belge tout en offrant à la fiction ses lettres de noblesse. Après LES BARONS et LA MARCHE, le réalisateur impose un style aussi efficace que percutant. Action.

Dode Hoek - Angle Mort - Nabil Ben Yadir

Nous découvrons Jan Verbeek (Peter Van den Begin) de dos, hésitant avant un passage en direct dans un talk-show. En quelques échanges, il devient à la fois exécrable et fascinant tant il parvient à imposer son point de vue, voire à en imposer tout simplement. Commissaire en charge de stups à la police d’Anvers, l’homme a été démarché par un parti politique populiste et se retrouve propulsé sur le devant de la scène. Véritable « attrappe voix », il a un discours aussi néséabond que percutant et justifie ses propos ouvertement racistes en mettant en scène son bras droit, Dries (Soufiane Chilah), un belge d’origine arabe qui renie lourdement son identitaire.

Tissant habilement le contexte dans lequel évolue le protagoniste, Nabil Ben Yadir fond le spectateur à son énergie autant qu’il l’observe tandis qu’il met en place une ultime descente dans un laboratoire clandestin afin de célébrer dignement son dernier jour de service. Une intervention qui dépasse tout cadre légal et devient le détonnateur d’un jeu de dominos qui emporte Jan Verbeek autant que le spectateur dans un vertigineux tourbillon au fil duquel l’homme se révèle faillible.

Dode Hoek - angle mort - critique

Demande-t-elle d’adhérer à une logique représentative, que la mécanique scénaristique est haletante. De rebondissement en rebondissement, nous faisons corps avec Jan Verbeek tout en étant, comme lui, dépassés par les événements. Jouant avec les clichés du film d’action comme avec ceux qui caractérisent les personnages et leur identitaire binaire et opposé (flamands/wallons, masculin/féminin, dominant/dominé…), le réalisateur emporte le spectateur au-delà des aventures qui ne cessent d’attiser son attention. Si chaque personnage devient le témoin d’une réalité plus large (dès lors que l’on s’intéresse à ce que révèle les archétypes), la personnalité de Dries est des plus fascinante et permet au réalisateur d’évoquer avec intelligence le sujet trouble que Jan Verbeek réduirait à l’hypothèse d’immigration.

Jouant avec les codes du genre, la photographie de Robrecht Heyvaert est des plus inventive, permettant au réalisateur d’accentuer la tension et de travailler un rapport d’amour et de haine à l’égard de ses personnages. Proprement organique le design sonore de Senjan Janssen devient le garant du caractère vertigineux de l’aventure vécue par le protagoniste dont le spectateur devient autant l’acteur que le témoin. Un aventure derrière laquelle Nabil Ben Yadir dessine le portrait d’un monde en perdition dont l’avenir est pourtant entre les mains du public.

DODE HOEK
Angle Mort
♥♥(♥)
Réalisation : Nabil Ben Yadir
Belgique – 2017 – 100 min
Distribution : KFD
Action / Thriller

Ramdam – Film d’ouverture

Angle Mort Dode Hoek affiche poster

Epinglons la version « doublée en français » du film dont voici la bande-annonce :

Dode Hoek - Nabil Ben Yadir - Angle MortNotre rencontre avec le réalisateur sur le tournage du film : Cliquez ICI
Mise en ligne initiale 24/01/2017

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