Critique : Django

On 06/05/2017 by Nicolas Gilson

Etienne Comar signe avec DJANGO un premier film au classicisme marqué qui se dessine comme le portrait du musicien tzigane Django Reinhardt, saisi dans la tourmente de 1943 alors que la rumeur commence à courir que les nazis déportent « les gens du voyages ». L’écriture transparaît amèrement de part en part, malgré son caractère elliptique, tant elle est soulignée par la mise en scène afin que chaque intention soit bien intelligible. Véritable ode au roi du swing éthéré, c’est à travers sa musique que le film parvient à capter notre attention – même si nous ne partageons jamais l’engouement des « spectateurs » dont le réalisateur surligne l’excitation, tandis que la photographie de Christophe Beaucarne permet à nos yeux de ne pas saigner lorsque, confrontées aux dialogues, nos oreilles pleurent.

Django © Roger Arpajou

1943, Django Reinhardt se produit à Pigalle avec des jazzmen français – les musiciens allemands n’étant pas autorisés par l’occupant allemand. Toléré par les nazis et protégé par l’un d’eux, il est invité à faire une tournée en Allemagne avec pour gage de respecter les directives « ariennes » (entre quotas et interdiction de danser). Une « invitation » difficilement refusable qui doit le conduire à se produire devant Goebels. C’est dans ce contexte qu’il est prévenu par sa maîtresse de la déportation de Tziganes…

En guise de prélude, Etienne Comar ouvre son film sur un moment de partage entre gitans qui, au coeur de la forêt ardennaise, partagent un moment de complicité musicale. La candeur de l’échange est rompue par l’arrivée de l’ennemi qui, hors-champs, tue ceux dont l’unique « faute » est d’être manouches. La musique prend fin, soudainement. Réelle prise au piège du spectateur, notamment confronté au gros plan du visage d’un gamin sur la tempe duquel se pose un révolver, cette séquence est on ne peut plus expressive au point d’être monstrative. Une mise en place efficace – qu’importe le manque de finesse…

La découverte du protagoniste peut alors prendre place au fil d’une anecdote, révélatrice de son caractère. Alors que Django Reinhardt doit assurer un concert, il pêche des poissons-chats en bord de Senne tout en picolant. Littéralement poussé sur scène, il assure la représentation et conquiert le public qui, malgré l’interdiction, se lève et réagit au rythme de la musique tandis que certains gradés allemands quittent la salles – condamnant ainsi le caractère « dégénéré » de la représentation. En forme aux yeux de son manager, Django pourrait mieux faire si on le payait plus selon sa mère… Au fil du dialogue (dont l’écriture est manifeste) et du découpage visuel, les informations affluent tant l’approche est en tout point discursive.

Django © Roger Arpajou

Les intentions sont à ce point marquées que jamais l’évolution narrative ne gagne notre attention. Pourtant, si on ne connaît pas le destin du protagoniste, il s’agit tout de même de savoir s’il va être déporté ou, au-delà, survivre à la guerre. La musique – interprétée par The Rosenberg Trio – sera notre exutoire. Nous pouvons nous réjouir que, dans la multitude d’informations et anecdotes qui composent le scénario, Etienne Comar esquisse la manière dont Django Reinhardt, qui en sait ni lire ni écrire, compose.

Dans le rôle titre Reda Kateb est bluffant, mais la réalisation est tellement autoritaire que son interprétation paraît vainement performative. Aussi louable soit le prestigieux casting, les personnages les plus convaincants sont ceux interprétés par les non-professionnels à l’instar de BimBam Merstein dans le rôle de Negros, la mère de Django– une Tzigane qui a déjà joué sous la direction de Tony Gatlif dans SWING.

Un peu trop léchée au point de laisser transparaître ses artfices, l’approche est néanmoins nourrie d’une « technique » éblouissante dans le travail des décors et des costumes comme dans la photographie de Christophe Beaucarne qui tend à une « lumière naturelle ». Mais si l’intention derrière la réalisation de DJANGO est louable, ce « Requiem pour mes frères Tziganes » manque cruellement de panache. Néanmoins, le final – unique moment réellement sensible du film – est renversant. La musique de Django Reinhardt nous transportant tout en nous traversant.

DJANGO

Réalisation : Etienne Comar
France / Allemagne – 2017 – 115 min
Distribution : Cinemien be
Drame historique

Berlinale 2017 – Sélection Officielle en Compétition – Film d’Ouverture

Django affichette

Django © Roger Arpajoumise en ligne initiale le 09/02/2017

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