Critique : Dans les Forêts de Sibérie

On 11/07/2016 by Nicolas Gilson

En signant l’adaptation de l’ouvrage éponyme de Sylvain Tesson, Safy Nebbou nous emporte du roman à l’aventure, du romanesque au récit universel. Au fil de DANS LES FORETS DE SIBERIE, le réalisateur nous immerge dans le cadre splendide des rives du Lac Baïkal et nous confronte à nos propres ombres. Complexifiant à dessein l’intrigue initiale, il transpose avec superbe les enjeux d’une rencontre entre un homme et sa peur la plus ancrée : lui-même.

Je suis parti parce que la vie m’étouffait comme le col d’une chemise trop serrée.

Dans une quête de pure liberté, Teddy (Raphaël Personnaz) décide de s’installer au bout du monde, dans une cabane en Sibérie, au bord du Lac Baïkal. N’a-t-il que quelques notions de russe, que sa démarche est presque monacale : « Je suis venu me rapprocher de ce que je ne connais pas : le froid, l’espace, le silence et la solitude. » Il prend possession d’une habitation isolée au risque de se perdre dans le blizzard…

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Nous plaçant d’emblée face à la singularité des décors naturels, Safy Nebbou introduit son film en demeurant au plus proche du roman originel. Alors que les motivations de Teddy nous sont livrées par une adresse directe (sa voix esquisse-t-elle les notes d’un journal de bord que sa grammaticalité se révèle citationnelle), nous découvrons peu à peu sa détermination tandis que prennent place ses dernières interactions avec d’autres humains… Répondant à son besoin de solitude et son envie de silence, Teddy se coupe sciemment du monde. Le réalisateur nous confronte alors à son expérimentation, de la découverte de la nature environnante à sa réappropriation de l’espace clos de la cabane ; de la rencontre inopinée avec un ours affamé à celle d’un fugitif contraint à l’exil.

Ce dernier élément – apporté par Safy Nebbou et son coscénariste David Oelhoffen – ancre un basculement au sein du récit et ouvre sur un miroir qui nous entraine avec Teddy au coeur d’une aventure où deux réalités, contraires et pourtant semblables, se répondent. La pureté de l’environnement semble alors guider celle des sentiments qui colorent une relation foncièrement humaine entre deux hommes qui s’enrichissent mutuellement de leurs expériences. La force du scénario est alors de verser dans le symbolisme tant la rencontre dont nous sommes les témoins pourrait n’être qu’un fantasme ; une bulle onirique qui renforce l’oeuvre originale de Sylvain Tesson dont elle transcende l’énergie.

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Accordant un soin particulier à la composition de ses plans et parvenant à magnifier l’espace qui se veut acteur du récit, Safy Nebbou nous fond au ressenti de Teddy que nous observons pourtant apriori. La distance initiale – renforcée par l’adresse en voix-over – s’atténue peu à peu au fil du développement narratif jusqu’à disparaître une fois le basculement narratif établi. Observe-t-il le plus souvent son protagoniste que la vitalité de ce dernier s’impose comme le moteur d’une évolution, d’une révolution personnelle dont nous anticiperons l’heureuse finalité.

Parfois trop présente, la composition musicale de Ibrahim Maalouf habille chaleureusement le film, faisant corps à cette évolution. Se mettant proprement à nu, Raphaël Personnaz livre une interprétation étourdissante. Isolé au coeur des étendues glacées ou dans les montagnes d’une beauté éclantante, il devient un surhomme dont Safy Nebbou esquisse les failles en focalisant notamment notre atention sur un regard dont le trouble nous transperce autant qu’il nous transporte.

DANS LES FORETS DE SIBERIE
♥♥
Réalisation : Safy Nebbou
France / 2016 – 105 min
Distribution : Cinéart
Aventure

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