Critique : Dalida

On 09/01/2017 by Nicolas Gilson

Force est de constater qu’en voulant nous conter l’histoire d’une femme moderne à une époque qui l’était moins, Lisa Azuelos signe un film médiocre. Doucereusement spectaculaire, pleinement artificiel et platement monstratif, DALIDA est d’une nullité incommensurable. Sa modernité tient de la ringardise au point de devenir une comédie impayable. Un navet cinq étoiles.

DALIDA de Lisa Azuelos

La première faiblesse du film repose sur la construction du scénario. Portant le choix de ne jamais adopter le point de vue de son héroïne, Lisa Azuelos la raconte au fil de flash-back et d’évocations – à travers le regard de quelques uns des hommes de sa vie (et uniquement des hommes). Les tableaux se succèdent comme dans une mauvaise comédie musicale franchouillarde : il s’agit de dévoiler les états psychologiques de la chanteuse à mesure qu’une sélection de ses plus grands succès (dont nous ne découvrons jamais la genèse) fait écho à ce qui devient les grandes étapes de sa vie.

- (Le mariage) est si important pour elle.
- Pour n’importe quelle femme, non ?

D’entrée de jeu, nous sommes ballotés à travers le temps. Rapidement confrontés à une première tentative de suicide, nous voguons « deux mois plus tôt » à la rencontre de Dalida (ou Iolanda) dans l’intimité avec un jeune minet (Luigi Tenco que nous retrouverons plus tard au hasard du zigzag temporel). Le caractère artificiel de la mise en scène, déjà, est tellement suranné que c’en devient ridicule. Dans le rôle titre, Sveva Alviti est pourtant fantastique, mais l’approche est telle que nous nous retenons de rire (ce ne sera plus le cas ensuite tant l’ensemble vire à la catastrophe).

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Donnée majeure, le temps nous échappe. Tentons-nous de nous rattacher aux éléments informatifs, à l’instar des intertitres qui resituent une trame des plus vaporeuse, que la chronologie importe bien peu aux yeux de la réalisatrice. Les éléments narratifs se répondent en écho… Une approche qui eut (peut-être) été intéressante si la Lisa Azuelos était parvenue à nous fondre au ressenti de son héroïne. Mais alors qu’elle tente de transcender la personnalité et l’émoi de Dalida/Iolanda, elle en fait une vulgaire caricature qui, à force de pathos, devient pathétique. Plus encore, le temps semble glisser sur le visage de la star – jusqu’à l’évocation de ses problèmes alimentaires marqués par un maquillage un peu trop apparent – alors qu’il est justement évoqué comme l’un des éléments moteurs de son mal-être.

- La mort, ça fait peur ?
– Non, c’est comme un rêve.

Ne faisant preuve d’aucun sens de la retenue, la réalisatrice aborde certains épisodes de le vie de la chanteuse avec une frontalité telle que cela devient gênant – et, du coup, prête au rire. Une situation des plus embarrassante dès lors qu’il s’agit d’évoquer l’avortement de celle qui ne pourra ensuite plus avoir d’enfant ou la mort de son amant. L’artificialité de la mise en scène et l’emploi de la musique se veulent alors tellement pitoyables que c’en devient fascinant. La mise en scène est à ce point grandiloquente que nous sommes abasourdis par une sorte de trop plein, une addition d’effets, qui ne nous permet pas de respirer et nous conduit à lever les yeux au ciel. Ainsi pour souligner le questionnement identitaire de l’interprète de « Il venait d’avoir 18 ans », Lisa Azuelos nous confronte à une démultiplication de son reflet dans un miroir – un jeu rhétorique développé à l’extrême.

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Offrant au film plusieurs couleurs – toutes plus artificielles les unes que les autres –, la réalisatrice s’embourbe dans la mise en scène de nombreux flash(-back), notamment l’enfance de la star. Entre la relation à son père ou le jour où elle a enlevé ses lunettes (une renaissance pour elle), nous cherchons une corde pour nous pendre. Après tout, le film semble faire l’apologie du suicide. Car Iolanda n’est pas morte : elle est partie au pays des rêves ; elle a dit au revoir à ses proches, a enfilé un pyjama de soie et s’est endormie à tout jamais.

Aussi manifeste soit-il, son trouble n’est pas communicatif : outre le fait d’endurer une des pires productions cinématographiques (soulignons la piètre qualité du son, les play-back notables ou le jeu affecté de la majorité du casting), nous souffrons à regarder le personnage et non avec lui. Une distanciation qui fait écho à l’approche-même puisque, aussi intime la démarche se revendique-t-elle, il s’agit d’aborder la vedette à travers les regard des autres. Une gageure des plus paradoxale, ce regard extérieur – tant des hommes que des tabloïds – s’étant révélé assassin.

DALIDA

Réalisation : Lisa Azuelos
France – 2016 – 124 min
Distribution : Athena Films
Biopic

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