Critique : Comancheria (Hell or High Water)

On 20/09/2016 by Nicolas Gilson

Thriller habilement mené, COMANCHERIA (Hell or High Water) se dessine comme un portrait sans concession de la réalité américaine. En mettant en scène un scénario de Taylor Sheridan (auteur de SICARIO), David Mackenzie nous plonge dans les plaines texanes hantées par le surendettement. Fort de revisiter le genre du western, le réalisateur s’amuse d’un certain manichéisme en proposant des personnages aussi lumineux que faillibles.

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A sa sortie de prison, Tanner (Ben Foster) accepte d’aider son frère Toby (Chris Pine) dans la réalisation de son plan. Ensemble, ils braquent de petites banques texanes – toujours une même enseigne, toujours des petites coupures – effaçant leurs traces intelligemment malgré la fougue de Tanner. Espèrent-ils ne pas attirer l’attention du FBI qu’ils deviennent la cible de l’agent Hamilton (Jeff Bridges) décidé à boucler cette affaire avant sa mise à la retraite.

Sometimes a blind pig finds a truffle

Aussi démonstrative soit-elle, la scène d’ouverture nous happe dans l’énergie, déjà duale, des deux frères alors qu’il braquent une première banque. Tanner, l’aîné, aime à jouer sa brute et roule littéralement des mécaniques. La cadet, Toby, se révèle doux comme un agneau et pourtant, c’est lui qui a mis en place le plan… Les enjeux se dessinent peu à peu au coeur d’un décor qui nourrit le film d’un second degré éclairant. S’il est question de transmission et d’héritage, l’aventure dans laquelle nous entraînent les personnage est surtout celle d’une pleine désillusion où demeure néanmoins un maigre espoir.

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Cette aspiration, nous le sentons d’emblée, est presque suicidaire. Elle est fatalement désespérée. Pourtant les frères s’y accrochent, et nous avec. Car derrière la singularité de leur situation, c’est tout un système qui est mis en lumière (celui responsable notamment du surendettement). Construit sous forme de thriller, le scénario oppose le duo de criminel à la Justice incarnée par un couple mal assorti de policiers. Vieux de la veille, Marcus Hamilton a ses méthodes et impose sa vision du monde à son coéquipier Alberto Parker (Gil Birmingham), un peu trop coloré à son goût. Raciste qui se défend de l’être, Hamilton confond à dessein les latinos et les autochtones. Nous voudrions le vomir que David Mackenzie, craquelant son assurance, parvient toutefois à le rendre sympathique.

Derrière un montage parallèle des plus classique sur lequel repose la logique du suspens, COMANCHERIA est une aventure proprement humaine éclairée par les légendes comanches (évoquées judicieusement dans le film) et sublimée par la musique de Nick Caves. Si la splendeur de la photographie nous entraine prodigieusement au coeur de l’action, le richesse des décors comme du casting (notamment dans les plus petits rôles) offre à l’ensemble un caractère réaliste proprement impressionniste au coeur duquel les principaux personnages deviennent les héros d’une fable dont ils cherchent eux-mêmes le sens.

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HELL OR HIGH WATER
Comancheria
♥♥
Réalisation : David Mackenzie
USA – 2016 – 102 min
Distribution : The Searchers
Drame / Thriller

Cannes 2016 – Un Certain Regard
comancheria_affichecomancheria-Hell-or-high-waterHell or High Water

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