Critique : Chez Nous

On 12/01/2018 by Nicolas Gilson

Chez Lucas Belvaux, le cinéma est une arme de réflexion. Curieux sur le devenir du monde, le cinéaste place l’humain au centre de ses réalisations – avec froideur dans RAPT, candeur dans PAS SON GENRE ou une perturbante distance objective dans 38 TEMOINS. Répond-il du même souci avec CHEZ NOUS qu’il ne cache pas son engagement politique sans pour autant imposer son point de vue. Interdit devant la montée du Front National lors des élections municipales de 2014, il questionne la mécanique de l’extrême(-droite) et propose au spectateur de se faire un avis. La fiction devient un instrument dont il ne cache pas le caractère rhétorique. Le réalisateur conte ainsi une histoire dont la banalité glace le sang.

Chez Nous - paradigme familial

Avant que ne prenne place toute narration, le réalisateur pose le cadre de la représentation. CHEZ NOUS a pour décor le nord de la France, un région rurale. Alors que le réalisateur impressionne les paysages (laissant penser à Raymond Depardon), une musique inquiétante assoit l’hypothèse du théâtre dans lequel un drame va se jouer. Un théâtre dont la division est soulignée lorsque s’inscrit le titre. En guise de prologue, il confronte le spectateur aux stigmates du 20ème siècle tandis qu’un agriculteur récolte un nouvel obus, vestige de guerres menées au nom du nationalisme…

Ce sont des femmes qui changent le monde

Le récit prend alors place. Nous découvrons Pauline (Emilie Dequenne) dans la ritualité de son quotidien. Nous observons ses gestes d’infirmière à domicile, son humanité, et rencontrons sa fatigue. Le rythme est dynamique, exacerbant à la fois la vitalité de la protagoniste et la cadence effrénée à laquelle elle se plie. En quelques scènes nous savons tout d’elle – quitte à ce que certains éléments soient « banalement » évoqués dans le dialogue. Les enjeux sont rapidement mis à plat, Pauline est-elle abordée par son médecin traitant qui a quelque chose à lui demander que nous découvrons avant elle de quoi il retourne. L’homme est membre d’un parti d’exrême-droite, proche de la responsable (saisissante Catherine Jacob en double manifeste de Marine Lepen), et voit en Pauline la candidate idéale pour les élections à venir. Qu’importe son point de vue.

CN photogramme 1

La construction scénariste semble-t-elle alors apparente que Lucas Belvaux joue simplement cartes sur table. L’objet de représentation est clairement l’instrumentalisation d’un parti dont le visage et l’idéologie sont le reflet du Front National. En ne cherchant jamais à s’émanciper des codes cinématographiques, en les asseyant même selon une certaine « efficacité », il témoigne de ceux qui régissent le parti populiste et raciste en en faisant tomber le masque. Au-delà, il esquisse le portrait d’une société en souffrance dont la colère et la lassitude sont, elles aussi, instrumentalisées.

La carcatérisation des personnages tient ainsi de la pure rhétorique tant les personnages sont évocateurs de la réalité « sociétale » : le père de Pauline est un communiste convaincu, son petit ami est un fachiste identitaire et ses amis se divisent autour des grandes « questions de société » tandis que leurs langues se délient et que certains affichent un racisme nauséabond que peu, pourtant, condamnent. Extrêmement documenté afin de confronter le spectateur à la mécanique du parti et de ses ramifications, CHEZ NOUS effraie et fascine tout autant. La fiction, assise comme telle, se révèle être un cruel miroir dans lequel tout specateur est invité à se regarder.

CHEZ NOUS
♥♥
Réalisation : Lucas Belvaux
France / Belgique – 2017 – 113 min
Distribution : Cinéart
Drame

Chez nous - affiche

mise en ligne initiale le 23/02/2017Chez nous 0298

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