Critique : Cherchez la Femme

On 31/07/2017 by Nicolas Gilson

Sou Abadi signe avec CHERCHEZ LA FEMME un premier long-métrage de fiction aussi efficace qu’intelligent. Née en Iran, la réalisatrice questionne sous l’angle de la comédie de travestissement l’islamisme, la radicalisation, la liberté des droits individuels et, plus précisément, ceux de la femme. Jouant pleinement avec les codes du genre et caractérisant ses personnages avec soin, elle propose au fil d’un divertissement de nous évader d’une réalité dont elle nous invite à remettre l’histoire et le devenir en perspective. Chapeau !

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Secrètement épris l’un de l’autre, Armand (Félix Moati) et Leila (Camelia Jordana) sont étudiants en Sciences Politiques et s’apprêtent à s’envoler pour les Etats-Unis afin d’y poursuivre leur Master. Lorsque le grand frère de Leila, Mahmoud (William Lebghil), rentre radicalisé d’un séjour au Yémen et découvre cette relation impure, il décide de séquestrer sa soeur chez eux. Persuadée qu’elle peut le résonner, Leila refuse de faire appel à la police. Afin de lui rendre visite et de mettre en place leur départ, sous les conseils de réfugiés Afghans, Armand enfile un tchador et se présente chez elle sous le nom de Shéhérazade. Il fait tellement bien illusion que Mahmoud s’éprend de lui…

« Il y a des jours où la vérité ne doit pas montrer son visage »

Avant de contextualiser son récit singulier et de mettre en place toute action, Sou Abadi sillonne les souvenirs des personnages que nous allons bientôt découvrir au gré d’un pêle-mêle de photographies. Une introduction apriori simple, gage d’une atmosphère bon enfant, mais à mesure que s’inscrit le générique d’ouverture c’est déjà à travers l’histoire que la réalisatrice nous invite à voyager ; une histoire plurielle au coeur de laquelle le corps féminin est libéré et dont les individus dont nous devinons les liens familiaux semblent libres. Ce faisant, l’artifice est parallèlement marqué, la fiction s’assume en tant que telle, sans prétention.

cherchez la femme - critique

Nous découvrons Leila et Félix tandis qu’ils sortent de classe. Ils se disputent gentiment autour d’enjeux qui vont bientôt devenir les moteurs de l’intrigue : du respect individuel à celui de la femme libérée comme au poids de la famille, tout est là. Armand est le fils de réfugiés iraniens, Leila est orphelines de parents algériens. Ils portent l’un et l’autre, ou croient porter, si pas une tradition, une culture. La découverte de leur relation par Mahmoud, fraichement rentré du Yémen, conduit à la séquestration de Leila : Mahmoud avale la puce de son smartphone et l’empêche de sortir de chez eux. « Leurs frères » lui trouveront un bon mari… Leila est interdite face à celui qui, comme elle, a grandi avec des valeurs de liberté individuelle. Elle est toutefois décidée à le ramener à la raison. Parallèlement, avant de mettre en place la combine mère de la dynamique quasi-burlesque, Armand doit lui aussi crier sa liberté face à une mère qui tente de lui trouver une bonne épouse iranienne. Un comble aux yeux d’Armand dont l’engagement politique et social a été nourri par les combats d’une mère féministe. Les paradoxes sont là, de part et d’autre.

Le scénario se développe ensuite avec habilité, jouant pleinement avec tous les quiproquos possibles (jusqu’aux doutes du jeune frère de Leila et Mahmoud quant à la relation que Leila entretient avec Shéhérazade) tout questionnant la publicité de toute foi au regard de la tolérance et de couverture d’esprit prônées par les textes. Flirtant avec la comédie romantique, les séquences incontournables du genre sont revisitées avec délice ; des cabines d’essayage (de tchador) au grand final collectif, jamais vraiment réaliste, dans un aéroport. L’approche quoiqu’assez démonstrative est efficace, diablement bien rythmée. Sou Abadi parvient à trouver un équilibre entre les différents personnages comme entre les intrigues familiales qu’elle entremêle au coeur de l’axe principal. Nous permettant de rire de situations inquiétantes (à l’instar de « l’islamisme » et du patriarcat), elle nous invite surtout à mettre en perspective nos jugements et perceptions à la lumière de l’Histoire – esquissant elle-même plusieurs enjeux comme l’indépendance de l’Algérie, la révolution iranienne contre le Shah ou les réfugiés issus du monde musulman. « Tu vois, je n’oublie pas mon histoire », dira la mère d’Armand (admirablement interprétée par Anne Alvaro) avec dans la vois une bouleversante brisure.


Cherchez la femme: Trailer HD par cinebel

CHERCHEZ LA FEMME
♥♥(♥)
Réalisation : Sou Abadi
France – 2017 – 88 min
Distribution : TeleScope
Comédie

affiche_cherchez_la_femmeAnne Alvaro - cherchez la femmecherchez-la-femme

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