Critique : Cessez-Le-Feu

On 01/05/2017 by Nicolas Gilson

Comment vivre après avoir été les témoins de l’indicible ? Comment dire ce que l’on ressent ou affronter ses proches, comme ses peurs ou les absents, lorsque le silence ou la fuite se présentent comme les seuls remparts possibles ? Raconter la guerre, c’est d’abord en panser les plaies afin d’y faire face. Mais à cela elle ne prépare pas. La « première guerre » a fait couler beaucoup d’encre comme elle a impressionné des kilomètres de pellicule. Avec CESSEZ-LE-FEU, Emmanuel Courcol revient sur cette épisode de l’histoire en s’intéressant aux primes années de l’Après-guerre – une période qui sera la prémisse et bientôt le terreau à la montée du fascisme et des nationalismes – en nous fondant à la réalité d’une famille française dont deux frères ont survécu ou tentent de survivre. Ce faisant, il signe un film étrangement éclairant et actuel.

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Georges (Romain Duris) et Marcel (Grégory Gadebois) ont connus l’horreur des tranchées. Rescapés de guerre, le premier s’est enfui en Afrique et le second est muré dans le silence. En 1923, de retour en France, Georges peine à trouver sa place. Condamné par une mère qu’il pense lui reprocher d’être en vie et en bonne santé, et interdit face au mutisme de son frère, il s’éprend d’Hélène (Céline Salette) qui enseigne à Marcel la langue des signes. Marcel, pour sa part, s’apprête malgré lui à convoler en justes noces avec Madeleine (Julie-Marie Parmentier), une jeune veuve de guerre.

Emmanuel Courcol décide de nous plonger au coeur du traumatisme auquel ses personnages devront bientôt faire face. Il ouvre ainsi son récit sur la réalité des tranchée tandis que des hommes meurent et les autres – comme Georges – en sont les témoins ensanglantés et assourdis (alors par les détonations). Sans complaisance dans la mise en scène, le réalisateur tend à nous fondre au ressenti protagoniste. Effroyable prologue qui rend palpable l’atrocité de toute guerre.

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Il ouvre ensuite un scénario à plusieurs voix, en sautant de 1916 à 1923 lorsque Marcel est à Nantes, subissant sa vie, et Georges en Afrique, fuyant la sienne. Il dessine les contours d’un traumatisme vécu différemment, esquissant au-delà celui d’une pleine société dont les codes ont été bousculés. Il caractérise (habilement) ses personnages qu’il conduit à la confrontation. Il nourrit son scénario de romanesque, invite à dépasser la réalité à laquelle il rend vie pour nous inviter, comme Georges et Hélène, à rêver à un monde meilleur.

Le finesse des dialogues est en soi un petit bonheur : Emmanuel Courcol a le sens de la formule et rend vie à un phrasé aujourd’hui désuet et pourtant vecteur de sens. La noblesse du vouvoiement ne transcende-t-il pas l’évolution relationnelle dès qu’il fait place au tutoiement ? Les mots et les conventions de langage assignent les personnages à leur rang, à leur position et à des codes qu’ils intègrent, suivent ou mettent à mal. L’absence de mot – comme c’est le cas pour Marcel – est tout à la fois une prison et un refuge ; leur redécouverte – pour Marcel comme pour Georges – mène à la libération ou aux vertiges. Servi par un casting majestueux et mis en scène avec doigté (offrant à l’anodin des gestes simples un écho renversant), CESSEZ-LE-FEU se révèle, derrière son titre évocateur, être un premier long-métrage foudroyant.

CESSEZ-LE-FEU
♥♥
Réalisation : Emnanuel Courcol
France / Belgique – 2016 – 103 min
Distribution : Distri7
Drame

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