Critique : Café Society

On 11/05/2016 by Nicolas Gilson

Servi en primeur au Festival de Cannes, le cru 2016 de Woody Allen s’avale sans peine avec quelques notes joyeuses sur fond d’amertume. Mettant en scène un trio amoureux au début des années 1930 entre New-York et Hollywood, CAFE SOCIETY tend à une hypothèse chorale dominée, une fois de plus, par l’intervention d’un narrateur (Woody Allen himself) qui a le mérite de connecter scénes et séquences. Plutôt mollasse, le scénario comporte quelques savoureuses touches d’humour et de sarcasme sans être fulgurant. Heureusement, une fois de plus, la distribution gagne notre attention. Dispensable.

Jesse Eisenberg - Cafe Society - Cannes 2016

Phil Stern, puissant imprésario hollywoodien, consent à engager comme coursier son neveu Bobby Dorfman fraîchement débarqué de New-York. Celui-ci rêve de faire carrière à Hollywood et de fuir une famille quelque peu étouffante. Il tombe rapidement amoureux de Vonnie qui travaille également pour son oncle et dont le coeur est déjà pris. Elle n’a que son amitié à lui offrir jusqu’au jour où elle se retrouve célibataire… Parallèlement, à New-York, la famille Dorfmann se révèle psychotique entre des parents qui se querellent, un frère gangster et une soeur marié à un communiste qui croit au pouvoir des mots.

Sur un tapis musical qui habillera bientôt le film de part en part, le narrateur situe actions et personnages. Perturbé dans sa tour d’ivoire où gravitent stars, producteurs et autres financiers, Phil Stern reçoit un appel de sa soeur Rose le prévenant de l’arrivée de son neveu. Jeu et enjeux s’esquissent alors à mesure que le narrateur nous en fait part, ouvrant de nombreuses parenthèses et nous emportant grossièrement de chapitre en chapitre au fil d’une temporalité aussi élastique que morcelée.

Prenant lui-même ce rôle de conteur, Woody Allen nous balade tandis qu’il se promène au fil de son histoire, s’amusant avec les caricatures qu’il met en scène dans une succession de sketches assez inégaux. L’ensemble parait-il trop superficiel et distancié, que les tropismes du réalisateur, de la « famille juive » à l’impossibilité amoureuse, nous font sourire cruellement tant ils font écho à ses films les plus inspirés. Notons tout de même l’esquisse habile du climat « sympathiquement » antisémite des années 1930, satire d’une société qui oublie son histoire. Les scènes s’enchainent, se fondent, s’enchâssent trouvant leur rythme sans pour autant en offrir un au film… Brouillon et paresseux ou fulgurant et post-moderne, c’est selon.

Amoureux de ses personnages, Woody Allen l’est également de ses comédiens. Aussi, malgré le manque de corps dont témoigne CAFE SOCIETY, il parvient à nous séduire en composant des rôles qui permettent notamment à Kristen Steward et Jesse Eisenberg de témoigner de la richesse de leur palette de jeu. Sublimant la première, il permet au second de démontrer avec virtuosité qu’il n’est pas qu’un chevreuil pris dans les phares d’une voiture.

CAFE SOCIETY

Réalisation : Woddy Allen
USA – 2016 – 96 min
Distribution : Paradiso
Comédie

Cannes 2016 – Sélection Officielle Hors-Compétition – Film d’Ouverture

Café Society - affiche : posterKirsten Steward - Cafe Society

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