Critique : Brimstone

On 17/01/2017 by Nicolas Gilson

Sous des faux airs de western, BRIMSTONE est une terrible ode à la liberté féminine. Signant un thriller haletant nourri de mystère, Martin Koolhoven joue avec les codes du genre tout en questionnant les dynamiques de pouvoir et d’émancipation. Il propose ce faisant une critique acerbe à la fois de la domination masculine et religieuse qu’il nourrit toutefois d’espoir.

BRIMSTONE - Martin Koolhoven - Venezia 2016 - Compétition

Au commencement, il y a le verbe. La voix d’une jeune femme s’adresse à nous tandis qu’elle semble observer une scène au loin au bord de l’eau. Le sens de ses mots nous échappe-t-il que la scène, nourrie d’une lumière chaleureuse, nous impressionne. À cette brève mise en bouche répond un premier intertitre, « Revelation », qui renvoie au livre de l’Apocalypse. Aussi, avant même que l’action ne prenne place, l’hypothèse religieuse s’impose comme l’ossature-même de la trame narrative – une impression confirmée par la suite.

Ouvrant en quelque sorte son film par la film, Martin Koolhoven attise d’autant plus notre curiosité. Il nous plonge dans le quotidien de Liz, une muette d’une vingtaine d’année qui exerce le métier de sage-femme. Nous sommes au 19ème siècle dans la campagne américaine et découvrons la vie de la protagoniste au fil de quelques interactions – de la complicité avec sa fille et son époux au rejet de son autorité maternelle par un fils dont elle n’est pas la mère. Alors que tout semble se passer au mieux dans le meilleur des mondes – celui en devenir de cette grande nation que sont les USA – la réalité de la jeune femme bascule d’un coup à l’arrivée d’un nouveau révérant. Au son de son voix, Liz est interdite. Un étonnement qui fait de nous ses complices tandis que son époux ne se rend pas compte du trouble qui soudain l’habite.

Ancrant une dynamique de complicité entre Liz et le spectateur qu’il ne cesse de développer, Martin Koolhoven transcende littéralement le ressenti de son héroïne. Nous partageons son émoi alors qu’elle tente d’aider une femme à accoucher devant l’autel ou qu’elle cherche à exprimer une douleur d’autant plus indicible qu’elle a perdu l’usage de la parole. Irrémédiablement, le film bascule vers le film de genre, entremêlent l’horreur au suspens initial – dont nous prenons conscience aux réactions de Liz. Sans crainte d’une certaine surenchère, le réalisateur s’amuse d’images éculées et noircit le trait jusqu’à une pleine exagération qui lui permet cependant de traduire l’ignominie des situations et du personnage du révérant, réelle figure diabolique.

Brimstone_Dakota-Fanning

Interrompu en plein mouvement, la premier chapitre conduit alors à celui de « l’Exode » qui laisse présager la « Genèse » du récit. A travers la vie de Liz, en quelque sorte détricotée afin que nous revivions ce qui malgré tout et malgré elle la modela, nous découvrons « la loi » régulant celle plus générale d’un pays encore en construction… Martin Koolhoven travaille habilement de nombreuses « grandes figures de genre » : la mère et la putain, le révérant et le maquereau, le gangster et le shérif. Peu à peu il nous confronte à l’état de perdition de ceux qui sont alors en pleine conquête de l’Ouest…

Le destin de Liz se révèle-t-il foudroyant qu’il l’est peut-être moins que sa détermination à s’en sortir et à conduire sa fille – la vie – vers un monde meilleur. Questionnant les interdits autant que les normes, remettant en question les certitudes religieuses autant que les règles gommant les différences sources de richesses, Martin Koolhoven tend à littéralement nous bouleverser tout en attisant sans cesse notre attente tant nous désirons découvrir la « genèse » du récit tout en redoutant le « châtiment » réservé à celle qui a eu le malheur de naître femme où une époque à cette « condition » semble répondre à une logique de dépersonnalisation (ou d’objectualisation, c’est selon).

Orchestrée avec panache, la réalisation est étourdissante. Voguant à travers les genres et jonglant avec leur code – et dès lors nos attentes – le réalisateur ne cesse de nous surprendre. Flirtant avec un second degré, il crée ponctuellement des composition de plan littéralement impressionniste (jusqu’à engendrer le doute de découvrir un ange). Sous des atours de divertissement, BRIMSTOME est une gifle fracassante tant l’essence-même du récit apparaît actuelle. Epinglons la qualité du casting emporté par Dakota Fanning (dont la terreur et la détermination sont presque horriblement magnétiques) et Guy Pearce proprement diabolique.

BRIMSTONE
♥♥(♥)
Réalisation : Martin Koolhoven
Pays-Bas / Belgique – 2016 – 148 min
Distribution : Paradiso
Drame / Thriller

Venise 2016 – Sélection Officielle en Compétition

brimstone_affichebrimstone_critique critique-Brimstone

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