Critique : Boi Neon (Neon Bull)

On 30/05/2016 by Nicolas Gilson

Western hypnotique, BOI NEON de Gabriel Mascaro est une fable sublime, sexuelle et sensuelle qui se joue des codes du et des genres – qu’ils soient ou non cinématographiques. Un film prodigieux, visuellement bluffant et incroyablement érotique dont la délicatesse nous envoute et l’humour subjugue.

Boi Neon - neon bull

Iremar est un véritable cow-boy, un garçon vacher qui prend soin des taureaux s’élançant dans l’arène du « vaquejada », une forme singulière de rodéo prenant place dans le nord-est du Brésil. Archétype viril, il vit dans le camion qui transporte les bêtes avec Galeta – la conductrice par ailleurs danseuse « exotique », sa fille Cacá et son collègue Zé. Pris de passion pour la couture, il se rêve modéliste.

Expérience magnétique, BOI NEON est tout à la fois fascinant et ensorcelant. D’entrée de jeu, Gabriel Mascaro capte notre attention autant qu’il ne nous charme en nous immergeant au coeur même du décor qui se déploie. Le mouvement de sa caméra et la séquentialité de sa mise en scène, déjà, se révèlent hypnotiques. Fort de son expérience de documentariste, Gabriel Mascaro impressionne la réalité de ses personnages pour en transcender la poésie.

Plongés dans le quotidien d’Iremar et de son entourage proche, nous les découvrons au fil de leurs interactions tandis que le réalisateur joue clairement avec nos attentes en déconstruisant proprement les archétypes de genres et en se réappropriant les codes « sociétaux » et normatifs dont il s’émancipe avec génie. La virilité exacerbée d’Iremar tend ainsi à l’objectualisation. Iconographie « gay » au point de devenir un cliché aussi sexy que sexuel, Iremar est mu par un désir résolument abscons au vu de son statut de vacher : devenir créateur de mode. Ainsi, il vole les magazines cochons de son collègue et griffonne dessus de pittoresques tenues.

Neon Bull caca

Son désir fait-il écho au développement de l’industrie textile dans la région que la volonté de vivre son rêve guide l’évolution narrative rythmée par le travail et les couleurs phosphorescentes des nuits de rodéo. À la caractérisation éblouissante d’Iremar répond celle tout aussi intéressante de Galeta dont l’émancipation est étourdissante. Car dans cet univers pittoresque où les codes s’inversent, foncièrement queer, les femmes portent la culotte, assument leur désir et leur sexualité.

Filmant les corps avec sensualité, Gabriel Mascaro saisit les passions amoureuses et les pulsions avec un érotisme suave. Nous confrontant au feu qui anime ses personnages, il transcende à travers la séquentialité de son approche l’ardeur des échanges – abruptes et directs chez Galeta qui guide sans détour les gestes de son amant pour assouvir un plaisir féminin rarement exprimé au cinéma ou d’une délicatesse envoutante lorsque Iremar apparaît quitter son enveloppe corporelle et nous emporter dans le tourbillon d’un réel échange extatique.

En marge de l’évolution d’Iremar et de Galeta, et de leur rencontre avec leur(s) désir(s), le réalisateur s’intéresse avec beaucoup de candeur au personnage de Cacá qui devient notre tendre complice au coeur d’un récit malicieux, aussi juste que fantaisiste, dont les images nous hantent avec bonheur. Garant de nous emporter bien au-delà de toute narration, le montage attise notre attention impresionnant proprement nos sens. Epinglons encore le caractère envoutant de la photographie de Diego Garcia et la richesse de la musique composée par Carlos Montenegro et Otavio Santos qui font de BOI NEON un film rare et éblouissant.

BOI NEON
Neon Bull
♥♥♥(♥)
Réalisation : Gabirel Mascaro
Brésil / Urugay / Pays-Bas / Espagne – 2015 – 101 min
Distribution : ABC Distribution
Western érotique

Venise 2015 – Orizzonti
Black Movie 2016 – 72% Aphrodisiaque

Neon Bull affiche

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