Critique : Billy Lynn’s Long Halftime Walk

On 24/01/2017 by Nicolas Gilson

Adaptation du roman éponyme de Ben Fountain, BILLY LYNN’S LONG HALFTIME WALK (Un jour dans la vie de Billy Lynn) nous confronte à la projection d’un héros de guerre au coeur d’une célébration aussi improbable que réaliste à la gloire états-unienne. Ang Lee propose ainsi un film intimement politique et clivant dans lequel il met le doigt sur un patriostime aveugle dont il surligne abondamment l’ignominie. Un sujet vertigineux desservi par une approche trop limpide.

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En guise de prologue, le réalisateur contextualise le propos du film en évoquant, par le biais conjoint d’une citation video et de l’une voix-over, qui est Billy Lynn (très convaincant Joe Alwyn dont c’est le premier rôle au cinéma) et les raisons de sa soudaine gloire. Nous sommes en 2005, lors d’une altercation en Irak, le jeune militaire de l’infanterie états-unienne devient un héros aux yeux du monde ou, du moins des Américains. Il est alors rapatrié au pays avec ses camarades afin de parader aux honneurs des USA – et de l’administration Bush – avant de retourner au front. Objet de spectacle autant qu’outil de combat, Billy Lynn semble perdre toute individualité.

Se fondant à la logique narrative de Ben Fountain, Ang Lee concentre son attention sur le personnage de Billy Lynn dont il observe la nervosité et transcende le trouble en nous fondant à son ressenti. Ainsi, la fluidité temporelle du récit – un jour dans la vie du protagoniste – est dynamisée par un montage qui explose les barrières temporelles et spatiales, unifiant ou opposant le champs de bataille irakien au terrain de football américain. En somme, le réalisateur nous confronte à la guerre que Billy Lynn subit dans sa propre tête et qui inquiète (à juste titre) sa soeur Kathryn (Kristen Stewart). Celle-ci, opposée à la présence de militaires américains en Irak et persuadée que Billy souffre psychologiquement, tente de le convaincre de rester à Dallas et de se faire suivre par un médecin.

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Le jeune homme de 19 ans est divisé entre deux lectures d’une réalité qu’il est le seul à vivre (au même titre que ses camarades), entre patriotisme excessif et émancipation personnelle dans une contrée qui n’a rien à lui offrir dès lors qu’il n’est (ou serait) pas le héros que l’on fantasme.

Un peu trop limpide voire didactique, l’évolution narrative permet au réalisateur de faire un portrait glaçant des Etats-Unis d’Amérique où en un même mouvement « spectaculaire » se mélangent le patriotisme et le divertissement ; où des pom-pom girls sexualisées à l’excès défilent aux côtés de militaires qui sont pris au piège dans un show des Destiny’s Child célébrant le triomphe des troupes au coeur d’une stupéfiante chorégraphie où la guerre apparaît être un terrain de jeu. La journée de Billy Lynn, agrémenté de fantasmes divers à l’instar de la vente de leur histoire à Hollywood, devient le prétexte à nous présenter le visage abjecte d’un pays qui se ment à lui-même en se confortant derrière un « exceptionnalisme » national. Une donnée rendue des plus paradoxale par Ang Lee qui critique ouvertement quelques figures de pouvoir – à l’instar du directeur du stade de Dallas – et ne cesse d’assoir l’impossibilité du dialogue – que ce soit à la table familiale de Billy ou lors d’une rencontre amoureuse.

Alors que le réalisateur s’amuse avec une nouvelle technologie censée conduire à un rendu extrêmement réaliste – 120 images par secondes, 4K et 3D – l’esthétique du film, applati en 2D (sauf dans les cinq salles équipées de la technilogie adéquate – New-York, Los Angeles, Shanghai, Taiwan et Hong Kong) paraît des plus artificielle et sans perspective. Applatie en 2D, la résolution choisie perd tout son intérêt et nous sommes confrontés à une forme de systématique où l’importance du discours s’impose par une adresse frontale et les vertiges de Billy par la circularité du mouvement de traveling. Toutefois, la scène de spectacle est à juste titre spectaculaire (malgré une fausse Beyonce sans visage) et effroyable.

UN JOUR DANS LA VIE DE BILLY LYNN
Billy Lynn’s Long Halftime Walk
♥(♥)
Réalisation : Ang Lee
USA / Chine / Royaume-Uni – 2016 – 110 min
Distribution : Sony Pictures Belgium
Drame

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