Critique : Beauty and the Beast

On 21/03/2017 by Nicolas Gilson

Revisitant ses grands classiques d’animation, The Walt Disney Company a confié à Bill Condon la tâche de transposer en « captation réelle » LA BELLE ET LA BETE. Gardant de l’oeuvre originale sa musicalité entêtante et ses accents manichéens, le réalisateur signe une variation surprenante dont le scénario est résolument queer au point de présenter le premier personnage Disney ouvertement homosexuel et de témoigner d’un féministe certain. Résolument moderne, le film s’adresse à tous tant il présente plusieurs degrés de lecture. Une histoire, plus que jamais, éternelle qui se révèle être une ode à la liberté.

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La version 2017 du conte populaire, qui fut notamment consigné par Leprince de Beaumont, s’ouvre sur un prologue qui laisse pourtant présager le pire. Tandis qu’une narratrice évoque la transformation de la « Bête » (Dan Stevens) sur base d’un texte platement explicatif d’une fadeur affligeante, la mise en scène est tellement affectée qu’elle paraît chorégraphiée et le surjeu des comédiens (et des figurants) est tel que l’on se réjouit de leur effroi – et de la transformations de certains tandis que le décor, jusqu’alors majestueux, se décrépit.

Levons-nous les yeux au ciel que nous rencontrons Belle (Emma Watson) qui nous livre, en chanson, la réalité des jours qui se tiennent immobiles. En une envolée artificielle, tandis qu’elle déambule dans la projection fantasmatique d’un petit village français, le ton est donné. D’emblée l’approche s’impose comme autoréférentielle, le scénario signé par Stephen Chbosky (LE MONDE DE CHARLIE) et Evan Spiliotopoulos ne tend pas à une nouvelle réappropriation du conte, mais bel et bien à une adaptation du film d’animation de 1991. Aussi c’est sans surprise que les compositions d’Alan Merken prennent place avec, néanmoins, quelques corrections apportées aux textes. Ainsi la librairie disparaît au profit d’un prêtre avide de lecture qui permet à Belle d’avoir la tête ailleurs perdue dans son univers. Dès l’introduction Belle est présentée comme différente des autres… une différence qui génère son rejet par les villageois qui louent cependant sa beauté. Une beauté qui est d’ailleurs l’unique source du désir qu’a pour elle Gaston (Luke Evans, prodigieux), qui en plu d’être méchant est d’un narcissisme poussé à l’extrême.

Peut-on être heureux sans être libre ?

Beauty and the Beast 2017

Répondant au canevas « explicatif » dont témoignent ces nouvelles adaptations Disney (à l’instar de CENDRILLON où il semblait nécessaire de justifier la méchanceté de la Belle-mère), les scénaristes respecte le jeu en s’en amusant. Ils composent ainsi un récit à plusieurs niveaux où ils ancrent plus avant la différence de Belle dont nous découvrons les raisons, bien évidemment malheureuses, de la disparition de sa mère. S’ils développent l’indépendance de la jeune femme comme son érudition, ils montrent aussi (et peut-être surtout) comment son émancipation fait peur et est condamnée. Belle serait aux yeux des villageois une sorcière qu’il faudrait livrer au bûcher (le mariage) afin qu’elle se plie à l’ordre des choses…

Aveuglé par son propre reflet (autant que par sa bêtise), Gaston, qui ne cesse de se rappeler à son bon souvenir, ne comprend pas les raisons du rejet de celle qui devrait l’aimer. Le personnage est caractérisé avec soin, d’une méchanceté crasse il refoule ses sentiments au point que son rejet de toute modernité transparaît comme une forme de refoulement de ses propres aspirations. Au-delà, alors que les villageois comme le père de Belle esquissent une palette de personnalités aux traits identifiables, LeFou (génial Josh Gad) se révèle, au même titre que Belle, d’une pleine complexité. Valet de Gaston, il témoigne d’un attachement un peu poussif dont se rend compte l’étalon sans pour autant en percevoir les raisons – aussi limpides celles-ci soient-elles. Too much ? Yep ! Mais le chemin de LeFou est celui de la liberté et son émancipation ne fera sens qu’aux yeux de ceux qui sont prêts à la comprendre.

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Egalement nourri de questionnements féministes (même si l’amour éternel demeure une fatalité), le scénario respecte toutefois la trame première et nous confronte au sacrifice d’une jeune femme pour sauver son père, à l’espoir des domestiques de retrouver leur apparence et leur liberté, et à celui d’un homme qui comprend peu à peu sa bêtise… et à une scène de bal dans laquelle Emma Watson porte une bien jolie robe jaune. Mais les scénaristes suivent leur propre conseil et se montrent libres jusqu’à flirter avec le kitsch (voire le dépasser) en assumant pleinement la comédie musicale. Et il en est de même pour Bill Condon qui parvient à nous faire oublier qu’il a du faire face, comme ses comédiens, à bien des décors virtuels… Dès lors que nous tremblons à l’idée qu’une tasse pourrait se briser et alors mourir, le pari n’est-il pas gagné ?

Ancrant notamment le récit dans une société pluriethnique qui tient du fantasmagorique (où la Belle et la Bête demeurent toutefois bien blanches), le réalisateur rempli habilement son cahier des charges tout permettant au message du film de résonner au-delà de toute morale. Soyons donc libres !

BEAUTY AND THE BEAST
La Belle et le Bête
**(*)
Réalisation : Bill Condon
USA – 2017 – xx min
Distribution : Disney
Comédie musicale

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