Critique : Battle of the Sexes

On 07/11/2017 by Nicolas Gilson

En 2006, LITTLE MISS SUNSHINE attisait la curiosité sur la production indépendante états-unienne en décrochant deux Oscars (pour quatre nominations). Jonathan Dayton et Valerie Faris imposaient un vent de fraîcheur en témoignant d’une énergie et d’une tonalité singulières sans toutefois parvenir à imposer leurs noms au-delà du titre. Apres le discret RUBY SPARKS (), ils nous offrent un film tout aussi flamboyant que leur premier long en mettant en lumière le combat de Billie Jean King pour l’égalité des droits entre les femmes et les hommes. S’intéressant à une période clé de la vie de la joueuse de tennis – alors mise au défi par Bobby Riggs de parvenir à le battre lors d’un match d’exhibition -, ils signent un véritable pamphlet dont l’actualité du propos est foudroyante.

En 1972, Billie Jean King marque l’histoire en remportant trois tournois du Grand Chelem et en décrochant la coquette somme de 100.000 dollars – un montant alors uniquement accessible aux hommes. Outrée de voir le manque de considération à l’égard du tennis féminin par les organisateurs de tournois américains qui réservent aux femmes des primes ridicules comparées à celles prévues pour les hommes, la première joueuse mondiale les confronte avec un argument simple : si les femmes vendent autant de tickets d’entrée que les hommes, pourquoi sont-elles payées moins cher ? Face au sexisme et à la misogynie de ses interlocuteurs, elle décide de mettre en place son propre tournois. Dans ce contexte singulier autant que médiatique, Bobby Riggs, l’excentrique ancien numéro un mondial, la provoque en duel : un match simple dont elle pourra déterminer le nombre de sets. S’il est certain qu’il assoira la domination masculine, elle sait qu’une victoire dépasserait le carcan du tennis et marquerait l’histoire…

battle sexes

D’entrée de jeu les réalisateurs nous confrontent à l’énergie de leur protagoniste avant de nous y fondre. Nous la découvrons sur le court, dans son élément. La mise en place des enjeux exacerbe sa fougue. Comment ne pas être choqués lorsqu’elle est moquée par les hommes, ces gentlemen qui se réfugient dans des clubs fermés aux femmes (sauf aux serveuses dont le caractère subalterne assoit intrinsèquement leur pouvoir). Nous la découvrons impulsive et déterminée. Elle a comme complice dans son combat Gladys Heldman qui se révèle être une manager efficace et parvient à trouver un gros sponsor, nécessaire au financement du tournois qui marginalise bientôt Billie Jean King et les autres joueuses qui la rejoignent – notons que ce sponsor n’est autre que Philipp Morris ce qui, a posteriori en dit long sur les stratégies de l’industrie du tabac.

Le principal axe narratif est-il lancé que parallèlement le scénario s’enrichit de deux éléments : d’une part le personnage de Bobby King qui devient le moteur d’une réelle dynamique de suspens (le match aura-t-il lieu, et si tel est le cas quel sera le résultat) et de l’autre une rencontre déterminante qui révèlera Billie Jean King à elle-même. Autant dire que les enjeux ne cessent de se complexifier à mesure que la pression grandit – une pression qui dynamise le suspens assis par un montage extrêmement bien mené (Pamela Martin) orchestré par une riche partition signée Nicholas Britell.

BATTLE OF THE SEXES

Peut-elle paraître trop discursive que la mise en place a le mérite d’être intelligible et efficace (sans que pour autant on ne nous donne jamais la béquée). L’approche est cependant sensible et sensorielle : nous nous fondons au ressenti de Billie Jean et serons séduit en même temps et au même titre qu’elle par celle dont elle tombe amoureuse. Loin d’être une parenthèse dans la vie de la championne, cet épisode est abordé avec grâce et sensibilité et traduit l »intelligence du scénario comme l’élégance de la réalisation.

S’entourant à la photographie de Linus Sandgren (qui a notamment signé la lumière de LA LA LAND, JOY et AMERICAN HUSTLE), Jonathan Dayton et Valerie Faris recréent littéralement le grain de l’époque offrant au film une couleur et un volume tels que nous mettrions notre main à couper que les images datent des années 1970. Une immersion dans le passée qui sera assise par le soin accordé aux décors et aux costumes, comme aux attitudes de l’ensemble des comédiens qui quelques fois transcendent à elles seules le sexisme – cette condescendance masculiniste qui est ancrée par une corporalité de la domination (l’exemple le plus criant sera le comportement du commentateur sportif).

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Outre le combat féministe dont la résonance est cruellement actuelle (et tristement universelle), les réalisateurs nous conduisent à mettre en perspective les droits des minorités au-delà de ceux des femmes. À travers la révélation de l’homosexualité de Billie Jean, alors mariée à Larry King, ils soulignent la difficulté qu’il y a à s’affirmer dans une société qui marginalise, segmente, norme et codifie toute chose qui sort du cadre préétabli de la bienséance, mais qui glorifie paradoxalement les provocations ordurières et outrancières dont peuvent témoigner des « Bobby Riggs ».

Interprété avec génie par Steve Carell, ce personnage hors-norme est caractérisé avec soin car aussi abjecte puisse-t-il être (rien n’est inventé, mais au mieux tout est édulcoré), il n’est jamais jugés par les réalisateurs qui le rendent faillible et même touchant – après tout, n’est-il pas le produit d’une société patriarcale machiste ? Offrant à Emma Stone le rôle complexe de Billie Jean King, Jonathan Dayton et Valerie Faris lui permettent de nous bluffer. L’actrice est remarquable.

BATTLE OF THE SEXES
♥♥♥
Réalisation : Jonathan Dayton & Valerie Faris
USA – 2017 – xx min
Distribution : 20th Century Fox
Comédie dramatique

Film Fest Gent 2017 – Galas & Premières

battle_of_the_sexes_affichebattle of the sexes - steve carell - emma stone

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