Critique : Barbara

On 19/08/2017 by Nicolas Gilson

Antithèse parfaite de tout biopic, BARBARA est un voyage sensible au fil duquel Mathieu Amalric questionne l’hypothèse de représentation tout en offrant à découvrir le processus de création et l’imprégnation qu’un rôle peut avoir sur une actrice – et inversement. Offrant à Jeanne Balibar d’incarner une actrice qui personnifie à l’écran Barbara, le film de Mathieu Amalric nous plonge au coeur d’une totale mise en abyme où il joue lui-même le rôle d’un réalisateur qui écrit et met en scène un biopic sur Barbara. Riche d’un montage étourdissant, nourri d’images et de sons d’archives, BARBARA n’a de vérité que l’impression qui émane de l’évocation : Mathieu Amalric sublime Barbara sans la trahir, ne nous dévoile peut-être rien d’elle tout en nous fondant à son possible ressenti. Eblouissante et semblant se mettre à nu, Jeanne Balibar se confond avec ses personnages au coeur d’un labyrinthe sensationnel où les différents niveaux de réalité se superposent ou se répondent. Vertigineux.

« Tout vient ensemble ; note après note, mot après mot »

S’est-elle jurée de ne plus jouer au cinéma que Brigitte (Jeanne Balibar) accepte d’incarner Barbara sous la direction de Yves Zand (Mathieu Amalric). Entre doutes et certitudes, elle travaille le rôle tandis que le réalisateur prépare le film. Tandis que la préparation et le tournage semblent se fondre en un même mouvement, tous deux se laissent envahir par l’univers de celle qu’ils s’offrent de représenter.

Barbara Jeanne Balibar

Avant de sublimer Barbara, Mathieu Amalric offre à Jeanne Balibar d’apparaître en haut de l’affiche, de se fondre et se confondre, déjà, avec celle qu’elle va notamment incarner. Les lumières de la représentation forment son nom, scintillant comme des étoiles et s’effaçant pour mieux réapparaître afin de donner forme au titre. Tout paraît question d’impression, de fugacité. Mais n’est-ce pas cela le cinéma ?

Alors que résonne la voix de Barbara, que ses mots esquissent le théâtre de la création, la logique scénaristique première de Mathieu Amalric se dessine. Afin d’évoquer la femme derrière le personnage « public », il convoque pleinement le cinéma et trouve dans le processus même de sa réalisation la pulsion nécessaire à lui rendre vie tout en conservant son mystère. Son film est ainsi le reflet d’un être ; le reflet de l’être ; une réflexion. Entre en scène Brigitte, actrice et muse d’un réalisateur qu’il interprète lui-même. Loin d’être le prétexte à la facilité, la mise en abyme fait sens et se révèle d’autant plus vertigineuse que la chronologie importe peu tant l’écriture, le tournage et sa préparation se fondent en un même mouvement, en un même fantasme.

Barbara-un-certain-regard-Cannes2017

Faisant dire à Barbara que, dans son processus créatif, « tout vient ensemble ; note après note, mot après mot », le réalisateur résume le caractère passionné et pulsionnel de son approche où, au rythme du montage, il ne cesse de nous perdre et nous invite à quitter toute logique (simplement) narrative afin de nous fondre aux sensations (qu’il parvient à transcender) tandis que les visages de Brigitte et de Barbara se confondent – laissant émerger majestueusement celui de Jeanne Balibar. D’une note à l’autre, d’une chanson à l’autre, le réalisateur raconte Barbara sans ponctuation.

La fiction s’impose-t-elle d’entrée de jeu qu’elle se veut perméable. Brigitte comme Yves Zand se laissent submerger par le fantôme de Barbara – ou est-ce son aura ? L’actrice travaille sa voix, la calque sur celle de la chanteuse qui lui répond en écho. Le réalisateur travaille son image, la masque pour qu’elle se démasque mieux (sans que jamais le maquillage, selon le caractère évanescent du montage, ne soit pour nous un point de repère – au contraire). Tout est question de représentation. Tout n’est question que de représentation. Pourtant, au coeur de ce théâtre (admirablement mis en lumière par Christophe Beaucarne et nourri de multiples sonorités), Barbara transparaît. Aux enregistrements de sa voix répondent des images d’archives qui, elles aussi, se fondent et se confondent avec la fiction. Mathieu Amalric (comme Yves Zand) en reproduit notamment certaines, les refictionnalise tout en les assimilant aux images premières au coeur du montage (un travail mirifique de la part de François Gédigier) avec pour conséquence un doute (le nôtre) : qui est Barbara et qui est Brigitte ? Leurs visages se confondent, comme leurs voix, tandis que l’action devient mystérieuse. Qui de Brigitte ou de Barbara vit les choses ? Mais si tout appartient à la fiction, les impressions sont nôtres. Superbement.


Barbara: Teaser HD par cinebel

BARBARA
♥♥♥♥
Réalisation : Mathieu Amalric
France – 2017 – 98 min
Distribution : Athena Films
Mystère / DrameBarbara Mathieu AmalricBarbara - poster

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