Critique : Bacalaureat (Baccalauréat)

On 19/12/2016 by Nicolas Gilson

La simplicité fait mouche. Cristian Mungiu, une nouvelle fois, trouve dans l’épure de son cinéma la possibilité de transcender la réalité et de nous impresionner au fil d’un récit qui n’a, apriori, rien que de banal. De la réalité sociétale roumaine à la paternité, des relations intimes aux responsabilités morales, à l’heure du BACALAUREAT, l’examen de conscience est universel. Un film de transmission.

A quoi bon éliminer la tumeur…

Un matin, alors qu’un carreau a été brisé par le jet d’une pierre, la vie de Romeo bascule. C’est pourtant un matin ordinaire où il conduit sa fille, Eliza, avant de se rendre au travail, non sans faire un détour chez sa maîtresse. Toutefois, mis en retard, il ne déposera pas sa Eliza en face de son école mais devant un petit chantier qu’il lui suffit de traverser à pied. Elle y sera agressée et, évitant un viol en se défendant, se luxera le poignet. A la veille de ses examens, voilà qui est peu commode. Désireux de voir sa fille, très bonne élève, les réussir, Romeo bafoue les principes qu’il lui a jusqu’alors inculqués.

bacalaureat - mungiu

Au fil d’une approche « naturaliste », Cristian Mungiu pose un cadre réaliste et semble impressionner l’évolution de ses personnages. Préfigurant la brisure qui va s’opérer dans la vie de Romeo, le jet de pierre nous saisit autant que lui. Un acte violent et soudain qui se répétera ensuite, ponctuant un scénario qui, derrière son apparente linéarité, met en scène bien des enjeux. Epousant le regard de Romeo, le réalisateur observe sa perte d’équilibre ancrant à mesure une photographie de la société roumaine gangrénée par un système où la corruption sévit à tous les étages.

Incapable d’écouter sa fille pour qui il y projette un avenir, Romeo s’enlise peu à peu dans l’antithèse de l’éducation qu’il s’est évertué à lui transmettre. Homme de principe, le médecin a toujours fait preuve de morale, refusant les compromissions, passes-droits et autres pots-de-vin… Un jeu de dominos auquel il prend part malgré lui sans faire face à une réalité de fait : il est moins droit qu’il ne le pense. Eliza agira alors comme un miroir, lui renvoyant en pleine figure la relation mensongère qu’il entretien avec sa femme – soit-elle, malgré elle, malgré tout, consentante – et sa relation adultérine avec Sandra, professeure dans l’école d’Eliza, dont il ne veut pas d’enfant.

A mesure que le récit se déploie, l’aveuglement de Romeo se révèle – le sien comme celui de la société et donc le nôtre. Les personnages secondaires – à l’instar de la fille, la femme et la maîtresse de Romeo – transfigurent leur réalité pour mieux nous renvoyer à la nôtre. Eclairant.

BACALAUREAT
Baccalauréat
♥♥(♥)
Réalisation : Cristian Mungiu
Roumanie / France – 2016 – 127 min
Distribution : Lumière
Métaphore réaliste

Cannes 2016 – Sélection Officielle en Compétition
Film Fest Gent 2016 – Compétition

Bacalauréat 03

mise en ligne initiale le 19/05/2016Bacalauréat 01

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