Critique : Au Revoir Là-Haut

On 24/10/2017 by Nicolas Gilson

Fort du succès de 9 MOIS FERME, Albert Dupontel a eu le droit de fantasmer son grand film et le privilège de le réaliser. Il signe ainsi l’adaptation du roman de Pierre Lemaitre, Prix Goncourt 2013, et nous entraîne dans la guerre des tranchées et la période de reconstruction qui lui succéda à la découverte d’un surréaliste couple d’arnaqueurs. Aussi vivifiant que tape à l’oeil, AU REVOIR LA-HAUT est une aventure humaine qui derrière un manichéisme assumé (et amusé) met en perspective la notion de pouvoir, ses figures et l’exaltation qu’il provoque. Dynamique, exalté et exaltant, le film confirme (si nécessaire) le talent de Nahoum Pérez Biscayart dans le rôle d’une « gueule cassée » savoureusement dadaesque.

- C’est une longue histoire, compliquée.
- On a tout notre temps.

La ligne première d’adaptation pose les limites de l’approche. Albert Dupontel se veut narrateur, il trouve donc un subterfuge pour nous conter les récit qui bientôt s’inscrit sur l’écran. Le film s’ouvre au Maroc en 1920, alors qu’Albert Maillard (Albert Dupontel) est interrogé par un inspecteur. Il évoque alors Edouard Péricourt (Nahuel Pérez Biscayart), leur rencontre, la guerre, la figure de Henri d’Aulnay-Pradelle (Laurent Lafitte) et bientôt les raisons qui ont conduit à son arrestation. Le scénario repose dès lors sur le canevas d’une succession de flash-back avec la problématique (dès lors que l’on est pointilleux) que le personnage se révèle paradoxalement omniscient. Entrecroisant deux principales lignes narratives, le réalisateur nous fond à juste titre au regard d’Albert Maillard, mais aussi (et c’est là où la machine s’embourbe) à celui des figures du pouvoir, Henri d’Aulnay-Pradelle et Marcel Péricourt (le père d’Edouard, interprété par Niels Arestrup). Bref, l’approche scénaristique use de trop de facilités en employant le truc (éculé) de l’interrogatoire pour tenir l’hypothèse de récit sans se soucier de la moindre vraisemblance. Elle se veut néanmoins dynamique. C’est sans doute l’essentiel.

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S’inscrivant dans un cinéma merveilleux, AU REVOIR LA-HAUT est avant toute chose une fable et Albert Dupontel est un saltimbanque. A la fois poète, jongleur et bouffon, il nous confronte à un véritable spectacle dont les personnages sont à dessein caricaturaux voire outranciers pour mieux révéler leur failles. La caméra virevolte littéralement (sans que cela ne fasse réellement sens) ; la musique est trop présente (et dictatoriale), mais le troubadour ne se contente pas de nous en mettre plein la vue. Tout en nous divertissant, en nous faisant passer du rire aux larmes, il nous confronte au mécaniques et mécanismes du pouvoir qu’il questionne dès lors que les personnages d’Albert et d’Edouard le mettent en cause et à mal.

Parsemé de références (impossible de ne pas penser à Harold Lloyd ou même Buster Keaton), le film a une couleur singulière et, bien que fabriqué en grande partie en studio, nous projette dans des décors hyper réalistes. L’image est granuleuse, garante d’un relief que vient enrichir la distribution. Car si les personnages sont archétypaux, ils portent en eux une vérité qui traverse les époques. Bien que secondaire, Edouard Péricourt est sans doute le protagoniste du film. Nahuel Pérez Biscayart lui insuffle force et fragilité. Masqué, il s’exprime à travers l’expressivité d’un regard multiple et la mobilité d’une silhouette le plus souvent féline. Laurent Lafitte est prodigieux tant il rend son personnage détestable, tandis que Niels Arestrup compose un riche personnage au déterminisme aveugle à la fois impétueux et troublant. Au second plan, les personnages féminins ne sont pas en reste, Emilie Dequenne et Mélanie Thierry offrant à leur personnage respectif une imperceptible profondeur et une modernité réjouissante.

AU REVOIR LA-HAUT
♥♥
Réalisation : Albert Dupontel
France – 2017 – 117 min
Distribution : Cinéart
Drame burlesque

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