Critique : Au nom de ma fille

On 07/04/2016 by Nicolas Gilson

Récit d’un père qui s’est battu pour que justice soit rendue, AU NOM DE MA FILLE est tristement démonstratif. S’embourbant dans la plate évocation de l’histoire vraie d’André Bamberski, Vincent Garenq construit un film discursif à charge d’un coupable en magnifiant sans grâce le combat d’un homme rongé par la mort de sa fille et les circonstances troublantes qui l’entourent.

Fraichement divorcé, André Bamberski salue ses enfants à l’aéroport sans savoir que c’est la dernière fois qu’il verra sa fille Kalinka. Partie en vacances chez sa mère en Allemagne, l’adolescente de 14 ans y décède dans des circonstances troublantes. Cherche-t-il à les éclairer qu’il est animé par une certitude : l’amant de son ex-épouse, le docteur Krombach, est coupable du meurtre de sa fille.

Au nom de ma fille

Le film s’ouvre sur l’arrestation d’André Bamberski pour enlèvement et séquestration. Une séquence qui a le mérite de nous confronter à l’absolutisme d’un combat dont nous en savons encore rien lorsque la procureur en charge de son dossier lui dit que l’on ne fait pas justice soi-même. Attisant notre attention, Vincent Garenq nous plonge alors dans la chronologie du fait-divers qu’il adapte pour le grand écran avec comme co-scénariste Julien Rappeneau.

La première phase narrative plante le contexte. Nous sommes en 1974, André Bamberski – Daniel Auteuil gauchement rajeunit – est PDG au Maroc. Il est marié à Dany (Marie-Josée Croze) et a deux jeunes enfants. Fort pris par son travail, il se rend compte que sa femme le trompe avec un voisin, le docteur Krombach (Sebastian Koch). Une situation qui précipite un retour en France. Platement factuelle, cette introduction entremêle les points de vue de l’ensemble des personnages. Sommes-nous témoins de la naissance de la relation adultérine que l’approche tend à mettre en exergue l’influence que peut avoir Krombach sur la frêle et innocente épouse.

Trouvant dans les ellipses sa dynamique, le scénario nous confronte succinctement au contexte de séparation du couple avant de conduire au lugubre « élément moteur » de l’intrigue engendrant le combat d’un père d’abord soucieux de comprendre la mort de sa fille avant d’être convaincu de la culpabilité de Krombach. D’évocation en évocation, l’évolution scénaristique est non seulement platement narrative mais aussi démonstrative : le « combat » est fragmenté en autant d’étapes juridiques, sans que jamais le protagoniste ne se dévoile dans son intimité – les interactions relationnelles étant au mieux sources de dialogues « informatifs ».

Au nom de ma fille, Christelle Cornil

Le discours condense-t-il l’ensemble des enjeux et de l’évolution « factuelle » que la mise en scène se veut monstrative et le montage illustratif. Autant dire qu’aucun ressenti n’est possible tant nous sommes placés à distance des personnages et de l’intrigue, confrontés à la détermination de Bamberski, qui jamais n’est mise en doute par une écriture qui devient dès lors à charge d’un homme dont la culpabilité nous apparaît comme évidente avant même que le meurtre n’ait eu lieu…

La pauvreté du découpage, notamment la platitude des champs/contre-champs qui ne répondent à aucune logique d’espace, se veut-elle assassine que le jeu affecté de Daniel Auteuil est des plus éprouvant. S’il est difficile d’adhérer à ce choix de casting, la pilule consistant à le rajeunir de 30 ans a d’autant plus de mal à passer que la différence d’âge avec ses « compagnes successives », Marie-Josée Croze et Christelle Cornil, met quelque peu mal à l’aise. Alors que la qualité du travail des équipes « HMC » est manifeste, lisser le visage de l’acteur n’est guère suffisant… Et malheureusement se rattacher à l’émotivité du jeu des comédiennes est impossible tant elles sont accessoires.

AU NOM DE MA FILLE

Réalisation : Vincent Garenq
France / Allemagne – 2016 – 87 min
Distribution : Nexus Factory
Drame

BIFFF 2016

Au nom de ma fille - afficheAu nom de ma fille - Daniel Auteuil

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