Critique : Assassin’s Creed

On 21/12/2016 by Nicolas Gilson

Retrouvant Michael Fassbender et Marion Cotillard qu’il avait dirigés dans MACBETH, Justin Kurzel signe avec ASSASSIN’S CREED un film d’action spectaculaire. Démonstratif à souhait et délicieusement kitsch, le premier opus de la franchise place la barre très haut grâce à une esthétique d’autant plus étourdissante qu’elle est nourrie de références à un cinéma classique (voire quelques fois daté) tout en intégrant pléthore d’effets numériques. Epoustouflantes et drôles à la fois, les aventures de Callum Lynch nous emportent étonnamment bien au-delà de la quête « la pomme d’Eden », berceau du libre arbitre.

Condamné à mort, Callum Lynch se réveille miraculeusement après avoir pourtant reçu l’injection fatale. Au coeur d’un complexe scientifique, il fait face à Sofia (Marion Cotillard, sensationnelle), une scientifique qui est là pour l’aider à l’aider de l’aider. Grâce à une technologie révolutionnaire, elle a conçu « l’Animus », une machine qui permet de voyager dans le temps à travers la mémoire génétique en revivant les souvenirs de ses ancêtres. Descendant d’Aguilar, un « Assassin » membre d’une société secrète, Callum est « invité » à participer à une expérience qui le confrontera à son destin…

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Bien que basé sur le jeu vidéo (une franchise en devenir donc), la quête du protagoniste n’est pas tant « la pomme d’Eden » sur laquelle Sofia veut mettre la main (pour isoler le gène de la violence afin de l’éradiquer) que celle d’une libération de « l’hérédité des choses » voire de la morale établie. Aussi minimes soient-ils, derrière l’action, se cachent de réels enjeux qui dépassent l’hypothèse narrative première (trouver la pomme) et offrent au film quelque intérêt (autre que son caractère spectaculaire). Le postulat sur lequel repose l’intrigue, dans un combat entre deux ordres malins, est que l’on ne maitrise pas son destin, que l’on s’inscrit dans une fatalité dépourvue de libre arbitre. Or, c’est justement cet élément qui devient la clé, libératrice, permettant à Callum d’évoluer.

D’entrée de jeu démonstratif, le film s’ouvre sur un prologue nous immergeant dans un 15 ème Siècle à demi-fantasmé (1492, un détail qui a son importance), en Andalousie, sous l’Inquisition. Teintée d’une couleur digne d’un Western, l’approche aussi stylisée et artificielle soit-elle tend à une surprenante forme de réalisme. Ce n’est alors qu’une mise en bouche. Une parenthèse nous conduit en 1986, alors que Callum est un enfant casse-cou qui tente de « jumper » d’un immeuble à l’autre sur son torpédo avant de découvrir la cadavre encore chaud de sa mère, assassinée par son père qui l’enjoint à vivre dans l’ombre… Autant dire que quand on le retrouve 30 ans plus tard, il a mal tourné. Bref, Justin Kurzel plante le décors en esquissant la dualité de son approche esthétique.

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Le réalisateur offre en effet à son film deux principales couleurs : d’une part celle paradoxalement chaleureuse qui caractérisera les projections du 15 ème Siècle (et nourri également les jeunes années de Callum), de l’autre une lumière bleutée à la froideur clinique. Si cela peut paraître caricatural (jusque dans les décors pseudo-futuristes), Justin Kurzel parvient à offrir à son approche une réelle dynamique singulière laissant à penser tant aux Western de Sergio Leone qu’au « classicisme hollywoodien » à la Michael Curtiz, et ce tout en s’amusant du ridicule apparent du scénario. Il n’a en effet pas peur de surligner le caractère « héroïque » du protagoniste (avec notamment un tombé de t-shirt impayable) ou de sublimer Marion Cotillard avec des « close-up » proprement iconiques.

Toutefois, la force de sa mise en scène réside dans son acuité à faire coexister deux univers afin qu’il s’interpénètrent. Le basculement au coeur du récit – aussi kitsch soit-il (le tombé de t-shirt n’en est que l’introduction) – conduit ainsi à une assimilation des deux couleurs en une seule, celle répondant à la dynamique qui anime Callum. Alors que nous nageons en plein artifice – ne citons que « l’Animus » ou le dialogue à ce point informatif qu’il frôle le ridicule – le réalisme des combats (que nous savons chorégraphiés) est étourdissants. Alors qu’il nous avait laissés bien dubitatifs devant son adaptation de MACBETH, Justin Kurzel ne cesse de nous surprendre en se révélant être un prodigieux artificier, complice de ses acteurs (outre Marion Cotillard et Michael Fassbender, épinglons Ariane Labed). Il évite toute complaisance et ose un emploi assez abscons de la musique (une composition surabondante qui, ne dictant pas le « ressenti », nourrit le film de son indépendance). Une question demeure : tourne-t-il en dérision les films de genre ou s’en réapproprie-t-il les codes ?

ASSASSIN’S CREED
♥♥♥
Réalisation : Justin Kurzel
USA / France / Espagne – 2016 – 116 min
Distribution : 20th Century Fox Belgium
Action / Science-fiction

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Grâce à une technologie révolutionnaire qui révèle la mémoire génétique, Callum Lynch revit les aventures de son ancêtre, Aguilar, dans l’Espagne du XVe siècle. Callum découvre qu’il est issu d’une mystérieuse société secrète, les Assassins, et amasse les connaissances dont il aura besoin pour affronter une autre redoutable organisation : l’Ordre des templiers.

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