Critique : Allied (Alliés)

On 22/11/2016 by Nicolas Gilson

Réunissant à l’écran Marion Cotillard et Brad Pitt, Robert Zemeckis signe avec ALLIED un nanar dont le scénario est dépourvu d’enjeu. Etourdissante dans le rôle d’une résistante, l’actrice française fait face à un acteur au visage de cire qui manque de crédibilité jusqu’à tuer la crédibilité de son personnage. Aussi brillant artificier soit-il, le réalisateur s’embourbe dans une représentation plus affectée que léchée.

1942. Parachuté dans le désert du Maroc français, l’agent secret Max Vatan est conduit auprès de Marianne Beauséjour. Afin qu’ils mènent à bien une mission commune, leur couverture est simple : Max est présenté comme le mari de Marianne qui, pouvant enfin quitter Paris dont il est censé être originaire, la retrouve à Casablanca. Le tableau ne comporte alors qu’une seule ombre : Max a l’accent québécois. Inconnus jusque là, Max et Marianne tombent follement amoureux. Mais peuvent-ils croire à la sincérité de leurs sentiments ?

Marion Cotillard allied Alliés

L’introduction est éblouissante. Soignant son décor, Robert Zemeckis s’offre un plan séquence sublime dans lequel il met en scène avec héroïsme son protagoniste. La construction est léchée, le cadrage et la photographie pensés avec soin. Tandis que l’action prend place, le réalisateur semble établir un jeu avec un cinéma classique auquel il est difficile de ne pas se référer. L’approche parait-elle rapidement légèrement ampoulée qu’elle répond d’une logique presque citationnelle lorsque le personnage de Marianne prend place. En un mouvement de tête Marion Cotillard pénètre la cour des grand(e)s. Le caractère artificiel et suranné de la mise en scène est étonnamment délectable.

Il n’est pas tant question d’une jouxte entre Marianne et Max qu’entre Marion Cotillard et Brad Pitt – la première gagnant sans conteste le combat grâce à un phrasé savoureux tandis que le second peine à dire ce qu’il ne parvient pas à prononcer. D’entrée de jeu mise à mal, la ligne narrative offre tout de même à l’actrice française un rôle glamour « au premier plan » qui, bien que nourri de clichés, a quelque chose de jubilatoire. Enfin Cotillard campe une héroïne, une vraie, qui n’est pas définie par ses larmes et sa passivité. Elle témoigne de sarcasme, s’impose à son interlocuteur, domine les échanges autant que l’action tout en se glissant dans des créations « couture » qui offre au « sur mesure » toute sa tenue. Et puis… elle se meut en épouse et en mère, en pleureuse passive qui prononce ce qui pourtant transperce son regard (et le nôtre). Bref, le soufflé retombe.

allied Brad Pitt Marion Cotillard

Le souci réside toutefois dans la mise au fur d’un plat vide. Avant que les maigres enjeux ne prennent place – ils tiennent en un dialogue tiré en longueur dans l’espoir d’engendrer quelque suspens – nous devons tenter d’adhérer à la logique consistant à faire passer l’accent américain à couper au couteau de Brad Pitt pour un accent québécois – qui peut tromper les étrangers mais serait trahi par n’importe quel Parisien. Le personnage prétexte-t-il être originaire de l’Ontario que sa couverture « française » tient du ridicule. Nous pouvons tout de même nous rassurer en nous disons qu’elle est moins risible que l’effet « botoxé » dont témoigne le visage de l’acteur tant il paraît gommé, retouché ou figé selon les plans.

Le classicisme de l’approche s’amenuise-t-il au fur et à mesure ou est-ce notre patience qui atteint peu à peu ses limites que le basculement narratif – plaçant Marianne au second plan – a raison de notre crédulité. Nous ne voyons plus alors que la surenchère et les artifices d’une représentation chorégraphiée en laquelle le réalisateur ne semble même pas avoir confiance faisant dire à ses personnages ce que nous devrions comprendre à travers leur silence.

ALLIED

Réalisation : Robert Zemeckis
USA – 2016 – 124 min
Distribution : Sony Pictures Belgium
Aventure / Action

Allied - posterAllied-Marion-Cotillard-Brad-Pitt

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