Critique : The Handmaiden (Mademoiselle)

On 09/12/2016 by Nicolas Gilson

Adaptant le roman « Du bout des doigts » de Sarah Waters* dont il transpose l’action en Corée du Sud dans les années 1930, Park Chan-Wook propose un film sulfureux toutefois embourbé dans sa narration. Au fil de sa mise en scène, le verbeux thriller s’impose comme la projection de son fantasme lesbien. Esthétisation vulgaire d’un fantasme libidineux.

Pickpocket hors pair, Sookee (Kim Tae-Ri) se retrouve au service d’une riche héritière japonaise, Hideko (Kim Min-Hee), afin de la conduire à épouser un prétendu Comte (Ha Jung-Woo). Escroc à l’origine du plan machiavélique, ce dernier est parvenu a gagné la confiance de l’oncle de Hideko, Kuzouki (Cho Jin-Woong), qui exerce sur sa nièce, détentrice de leurs avoirs, un pouvoir castrateur. La naïveté de Hideko rend-elle les choses faciles que Sooke est bientôt perturbée par les sentiments qu’elle éprouve à son égard.

AGASSI (The Handmaiden), Park Chan-Wook 02

Comme dans l’oeuvre originelle, la première partie du film s’ouvre sur le point de vue de la servante. Sookee nous conte son histoire, nous livre les enjeux qui la conduisent au service d’une riche japonaise dans une majestueuse villa isolée en Corée. Plus encore que mettre en place la ligne narrative, la protagoniste nous livre au fil de ses commentaires les sensations qu’elle éprouve, orientant notre regard sur l’action et sur le désir qui bientôt la consume – un désir souligné par Park Chan-Wook avec plus et moins et finesse, n’hésitant pas à transformer des jeux buccaux a priori délicats et subtils en projection phallique. Un premier axe fluide, linéaire (malgré ses flash-back), assez lisse mais néanmoins suave dont le final surprend. Répond alors, comme chez Sarah Waters, un changement de regard.

Nous confrontant selon la même logique discursive et « commentative » au point de vue de Hideko, le réalisateur nous plonge dans un thriller tout à la fois passionnant et interpelant, dans la mesure où le lesbianisme qu’il met en scène change radicalement de couleur, passant de la sensibilité première à la pure perversion avant de tendre à la projection d’un fantasme masculin et phallique. Pourtant, au fil de l’assimilation des regards et de la complexification de la narration – Hideko étant loin d’être une oie blanche – le film se dessine comme une ode à la liberté féminine. Le paradoxe réside toutefois dans l’approche du réalisateur dont « l’érotisme » semble répondre à la stimulation de son imaginaire masculin. La troisième partie le confirmera.

L’approche esthétique se révèle également duale. Le plus souvent sublime, la mise en scène est ponctuée d’appuis grossiers – tant visuels que musicaux – qui trahissent la virtuosité démonstrative dont fait preuve le réalisateur. Malgré son approche discursive, Park Chan-Wook demeure constamment à distance de ses héroïnes – préférant les observer jusqu’à les objectualiser – dont le resseti est « livré » sans jamais être partagé.

*Fingersmith, Sarah Waters,Ed. Virago,‎ Londres, 2002 / Du bout des doigts, Sarah Waters, Trad. Erika Abrams, Ed. Denoël, coll. « Denoël et d’ailleurs »,‎ Paris, 2003

AGASSI
Mademoiselle / The Handmaiden

Réalisation : Park Chan-Wook
Corée du Sud – 2016 – 145 min
Distribution : Cinéart
Fantasme libidineux

Cannes 2016 – Sélection Officielle en CompétitionThe Handmaiden - Mademoiselle
AGASSI (The Handmaiden), Park Chan-Wook_03Mademoiselle - agassimise en ligne initiale le 14/05/2016

One Response to “Critique : The Handmaiden (Mademoiselle)”

  • Un film ne servant qu’à faire la promo, de la gouinerie, internationale et du vedettariat en particulier !
    Honteux que de tels talents se laissent aller, à ce genre « gender » !
    C’était pourtant, au départ une très belle et idée, cette intrigue…
    Dommage, fort dommage.

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