Critique : A Quiet Passion

On 01/11/2016 by Nicolas Gilson

Mettant en scène la vie de la poétesse Emily Dickinson, Terence Davies en transcende la pleine austérité dix-neuvièmiste. Formellement radical, A QUIET PASSION n’est toutefois guère passionnant tant nous sommes mis à distance de l’héroïne autant qu’elle ne l’est d’elle-même. Au-delà il semble impossible de pénétrer la logique-même du tableau composé par le réalisateur, aussi monumental soit-il, sans en maîtriser les références.

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Désire-t-elle vivre émancipée qu’Emily Dickison vit selon les codes qui régissent la société américaine et le milieu social dont elle est issue. Passionnée par la poésie, son père qui considère que les femmes ne devraient pas se donner en spectacle en public, consent à ce qu’elle écrive et soit même publiée anonymement…

Si la découverte de la protagoniste, alors défenderesse de sa liberté de penser et remettant en cause les normes sociales et religieuses, ravit nos sens, la rigidité et l’absolutisme de l’approche de Terence Davies nous pétrifient d’emblée. Optant pour une frontalité manifeste, le réalisateur semble acter de la représentation de son propre sujet. Emily Dickinson devient-elle un objet d’étude que nous perdons rapidement pied, plus intéressés par les décors, les costumes et la maîtrise admirable de la lumière que par le peu d’action qui prend place dans la froideur des échanges dialogiques récitatifs ou des poèmes censés mettre en perspective la vie et l’oeuvre de la poétesse.

A Quiet Passion Critique

D’abord interprétée par Emma Bell, Emily Dickinson prend les traits de Cynthia Nixon au fil d’une séquence de morphing proprement pétrifiante – l’ensemble des personnages (à l’exception de la mère Dickinson) prenant plus de 30 ans alors que seules quelques années sont censées s’écouler. Au-delà de la froideur de l’écriture et de la radicalité de l’approche esthétique, il faut adhérer alors aux choix de casting du cinéaste et parvenir à dépasser le caractère artificiel d’une mise en scène sur-expressive.

Mais est-il possible d’être emporté par le projet-même sans être passionné par Emily Dickinson ? Terence Davies cherche-t-il à rendre hommage à une figure aujourd’hui incontournable de la littérature américaine du 19ème siècle qu’il tente d’en exacerber les caractéristiques et l’excentricité sans les rendre pour autant intelligibles, faisant d’elle pour les profanes une vieille fille aigrie dont la passion silencieuse est un supplice.

A QUIET PASSION

Réalisation : Terence Davies
Royaume-Uni / Belgique – 2016 – 125 min
Distribution : Potemkino
Drame historique / Biopic

Berlin 2016 – Sélection Officielle Hors-Compétition
Film Fest Gent 2016 – Compétition Officielle – Grand Prix

A Quiet Passion - affiche

A Quiet Passion

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