Critique : A peine j’ouvre les yeux

On 24/04/2016 by Nicolas Gilson

Au fil de son premier long-métrage, A PEINE J’OUVRE LES YEUX, Leyla Bouzid chante la liberté en croisant les destinés d’une mère et de sa fille à la veille de la Révolution tunisienne. Les enjeux soulevés sont-ils essentiels que la réalisatrice semble signer une parfaite démonstration visant à nous confronter à la réalité à laquelle renvoie la fiction tant l’écriture et la mise en scène sont palpables.

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Tunis, été 2010, à 18 ans, Farah (Baya Medhaffer) croque dans la vie à pleine dents. Issue d’un milieu aisé, elle s’apprête à faire des études de musicologie. Amoureuse, elle s’enivre dans les bras de celui qui écrit et compose pour elle des chansons contestataires. Avec la complicité de la femme de ménage, elle tente de cacher à sa mère (Ghalia Benali) ses aventures nocturnes. Toutefois celle-ci est mise au courant par un « ami » qui l’invite à surveiller sa fille…

En trois actes, Leyla Bouzid déroule un récit construit comme l’observation de la fougue d’une jeune-fille qui, au sortir de l’adolescence, est confrontée à une réalité dont elle ne veut naïvement pas prendre conscience. Epousant d’abord l’énergie de Farah, la réalisatrice nous confronte rapidement à la relation qui (re)unit la jeune fille à sa mère, Hayet – pétrie d’angoisse lorsque sa fille ne rentre pas la nuit et enjouée à l’annonce de sa réussite au bac. L’observation devient alors double, la réalisatrice saisissant Farah dans l’impétuosité de ses virées dans des lieux d’ordinaires non-fréquentés par des femmes et faisant tenir à Hayet un discours des plus convenu (voire attendu). Ce faisant, elle ancre une dynamique – à la fois narrative et esthétique – trop expansive dont la logique est trouble tant elle nous place à distance de tout ressenti.

Devenons-nous les témoins de l’action, que celle-ci manque paradoxalement de fougue en raison de la présence manifeste de la caméra – quelque fois lourdement plurielle. L’effervescence de Baya Madhaffer qui donne vie à Farah est-elle louable qu’elle ne suffit pas à nous convaincre tant le programme, divisé entre une réalisme saisissant et une artificialité assassine, paraît linéaire et évident.

A PEINE J’OUVRE LES YEUX

Réalisation : Leyla Bouzid
France / Tunisie / Belgique / Emirats Arabes Unis – 2015 – 102 min
Distribution : Alibi Communication
Drame

Venise 2015 – Giornate degli Autori / Venice Days
FIFF 2015 – Compétition Première Oeuvre
Festival Cinéma Méditerranéen Bruxelles – Compétition

A peine j'ouvre les yeux - affichea-peine-j-ouvre-les-yeux-de-leyla-bouzid_5485138 a peine j'ouvre le yeux

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