Critique : A Bigger Splash

On 30/03/2016 by Nicolas Gilson

La déception a quelque fois un goût amer. Mais elle ne peut qu’être pire lorsqu’elle n’a aucune saveur. Témoignant d’une suffisance nauséabonde et sans limite, Luca Guadagnino pense-t-il réaliser avec A BIGGER SPLASH une oeuvre monumentale qu’il additionne les simagrées. Le résultat est tellement ennuyeux et confondant qu’il est difficile d’en rire. Après IO SONO L’AMORE, le plongeon est colossal, abyssal : le réalisateur italien fait un plat, depuis un tremplin olympique, dans un bassin vide.

A Bigger Splash Dakota Johnson

Rock-star internationale, Marianne Lane (Tilda Swinton) se remet d’une opération des cordes vocales dans sa somptueuse villa située sur l’île de Pantelleria, se laissant être transportée par l’ardeur de la passion qui l’unit à son compagnon, Paul de Smedt (Matthias Schoenaerts). La visite impromptue de Harry Hawkes (Ralph Fiennes), ancien manager et amant de Marianne, brise soudainement leur idylle. L’homme, des plus exubérant, est accompagné d’une séduisante jeune femme (Dakota Johnson) qui se révèle être sa fille…

Oh God, it has already started !

Adaptation contemporaine de LA PISCINE de Jacques Deray (1969), A BIGGER SPLASH en reprend le schéma narratif pour s’en distancier avec une exubérance d’une tristesse pitoyable. Celle-ci fait-elle écho, au fil de la caractérisation des personnages, aux nouvelles lois de la « starification » qu’elle semble répondre à une surenchère vide de sens. Nous confrontant à une oisiveté mortifère, Luca Guadagnino ne semble y prendre garde tant celle-ci semble l’exciter et devient le moteur de son approche esthétique.

A Bigger Splash - Venise 2015

Peinant à démarrer, entre des scènes aux bavardages interminables (et Marianne est muette!), des séquences sexuelles aux antipodes de tout érotisme et des flash-backs explicatifs hautement agaçants, le film nous épuise avant-même de conduire au thriller annoncé (ou attendu). Cherchant à ponctuer son approche d’humour (avec notamment un policier italien qui tient de Colombo), le réalisateur nous saoule sans jamais nous enivrer.

Cerise sur le gâteau : en bon seigneur, Luca Guadagnino fait, non sans condescendance, un clin d’oeil aux migrants qui traversent la région où se situe l’action. A vomir.

Now you’re just tolerate me

L’approche esthétique est d’une suffisance sans borne. Cherchant l’effet dans chaque scène, le réalisateur oublie qu’il compose un objet censé tendre à quelque cohérence. D’abord hypnotique, la mise en scène se révèle rapidement hystérique – et pas uniquement à cause des effets gratuits de zoom et de de-zoom dont nous avons cessé de chercher le sens. Tout est irritant, jusqu’aux costumes qui transforment sans aucune raison Tilda Swinton en porte-manteau (certes, de très belle facture).

A_bigger_splash

Déborde-t-elle de tous les côtés que la sexualité est d’une vulgarité sans nom. Car si ça baise dans tous les sens, aucune sensualité ne transparaît si bien que les transports dont atteste quelque fois Marianne deviennent proprement ridicule. Au pilori, une séquence de cunnilingus expédié en quelques secondes et autant de plans, et conduisant à un orgasme assez atroce à regarder. Plus encore, la sensualité est à deviner, sous-entendue dans des ellipses qui semblent pourtant bien plus intéressantes que la soupe qui nous est servie. Bref, ça pique au yeux – et vu l’emploi de la musique, malgré les Rolling Stones, nos oreilles pleurent.

Luca Guadagnino nous avait enchantés avec IO SONO L’AMORE dans lequel il offrait à Tilda Swinton un rôle mémorable. Après l’effroyable MELISSA P., le réalisateur italien entrait dans la cour des grands en proposant un film qui restera son chef-d’oeuvre. A BIGGER SPLASH prouve qu’il n’a aucun talent tant de l’écriture au montage, le film est une réelle torture. Un enfer de 125 minutes dans lequel Tilda Swinton est irritante, Ralph Fienes nous donne des envies de meurtre et Dokata Johnson obtient le prix de la minauderie.

A BIGGER SPLASH

Réalisation : Luca Guadagnino
Italie / Royaume-Uni / Belgique – 2015 – 125 min
Distribution : Lumière
Onanisme

Venise 2015 – Sélection Officielle en Compétition

A Bigger Splash - afficheA Bigger Splash - Tilda Swinton

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