Critique : 20th Century Women

On 28/02/2017 by Nicolas Gilson

Parvenant à nous fondre à l’atmosphère d’une époque tout en nous faisons revivre singulièrement l’histoire du 20ème siècle, Mike Mills signe avec 20TH CENTURY WOMEN un film bouleversant qui se révèle être une véritable ode aux femmes. Le réalisateur esquisse avec superbe le portrait croisé d’une mère et de son fils, offrant à Annette Bening un rôle dans lequel elle excelle. Derrière la complexité de sublimes relations intergénérationnelles, il assoit la nécessité du féminisme dont il exacerbe, avec intelligence, les combats. Sensationnel.

20th Century Women

20TH CENTURY WOMEN est avant tout une rencontre avec ses personnages. D’entrée de jeu, Mike Mills nous confronte à eux tout en nous fondant à leur ressenti. Nous découvrons ainsi Dorothea (Annette Bening) et Jamie (Lucas Jade Zumann), son fils de 15 ans, tandis que leur voiture est en feu. Nous sommes à Santa Barbara, en 1979. Cette voiture nous confie-t-elle était à son mari et c’est dans celle-ci que Jamie a été conduit de la maternité à leur maison. À l’évocation de la réflexion de la mère fait place celle de l’adolescent qui nous dit que sa mère l’a eu alors qu’elle avait 40 ans et que tout le monde lui disait qu’elle était trop âgée. Par le biais du principe de la voix-over, Mike Mills établit un dialogue extraordinaire entre ses personnages et nous, tout en nourrissant son montage d’images d’archives qui, déjà, nous emportent au-delà de la singularité de leur histoire.

It’s 1955, I’m 55 years Old and in 1999 I’m gonna die. 

Dès l’introduction, tous les éléments sont mis en place à commencer par la musique, une splendide composition de Roger Neill, qui, faisant écho à une dynamique de travelling-avant, se veut proprement hypnotique, et l’emploi singulier de voix-over. L’écriture apparaît d’emblée organique, offrant au film un caractère fascinant rendu possible grâce à un montage époustouflant. L’approche esthétique est en tout point magnétique tant, nous le ressentons, aucun éléments n’est laissé au hasard – du cadrage au mirifique design sonore, des costumes aux décors tout est évocatif voire transcendant.

20th Cetury Women-elle

Là où la ligne narrative pourrait sembler banale – une mère célibataire fait face à la crise d’adolescence de son fils de 15 ans – Mike Mills parvient à prendre le pouls de personnages qu’il rend omniscients en leur offrant la possibilité de se raconter, de nous raconter cette année 1979, en observant ce qui compose un éblouissant puzzle de chroniques, de flash-back, d’images et d’archives diverses, de musiques aussi. Gardant la voix – et le timbre – de l’âge où nous les voyons évoluer, Dorothea et Jamie peuvent évoquer l’avenir qui, alors, appartient au passé… la mort du mouvement Punk comme l’an 2000 que Dorothea ne verra pas.

Nous plongeant dans l’intimité de la maison familiale, Mike Mills y met en scène trois personnages secondaires – mais non moins importants : Julie (Elle Flanning) la meilleure amie de Jamie dont il est amoureux, Abbie (Greta Garwig) une jeune photographe à qui Dorothea à offert un refuge et un foyer et William (Billy Crudup) qui rénove le bâtiment… Voyant que Jamie est très complice avec Julie et Abbie – et franchement pas avec William – Dorothea leur demande de veiller sur Jamie dont elle a l’impression qu’il lui échappe ; qu’elle (re)connait de moins en moins chaque jour. Refusant de jouer un rôle de mère, Julie et Abbie confrontent Jamie à la trouble réalité d’être une femme en 1979. Peut-être la plus belle manière d’être un homme…

Ancrant un voyage extraordinaire au coeur de l’intime de ses personnages – tantôt sarcastique, tantôt romanesque et quelques fois véritable « trip » -, Mike Mills nous propose de revivre « le 20ème siècle des Femmes ». De la naissance de Dorothea en 1924 à l’évocation de son décès en 1999, à travers les portrait aussi de Julie née en 1962 et d’Abbie née en 1955, il questionne la place que la société leur a réservé et leur réserve. Il nous confronte aussi avec finesse à leur sexualité, leur contraception comme au stress d’un test de grossesse (un objet alors imposant), aux conséquences de l’emploi du DES (Distilbène) ou au tabou de la menstruation.

20TH CENTURY WOMEN
♥♥♥
Réalisation : Mike Mills
USA – 2016 – 113 min
Distribution : September Film
Comédie dramatique

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20th Century Woman

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