Critique : 120 Battements Par Minute

On 13/08/2017 by Nicolas Gilson

Véritable ode à la vie, 120 BATTEMENTS PAR MINUTE nous immerge dans la réalité du combat d’ACT UP au début des années 1990 alors que l’Etat français est sourd aux revendications des séropositifs et aveugle face à une épidémie que son inaction contribue à stigmatiser. Robin Campillo nous fond à l’action militante – des coulisses au terrain, des débats au(x) combat(s) – tout en transcendant l’urgence qui habite les personnages et la passion qui les nourrit autant qu’elle les transporte. Il filme la vie avec passion pour parler des morts, de la lutte et de l’amour. Un film essentiel.

Arnaud Valois - 120 battements par minute

En guise de prélude, les palpitations qui précèdent l’action que quelques militants, cachés derrière un rideau, s’apprêtent à mener. Le titre qui s’inscrit, « 120 battements par minutes », traduit déjà le stress et l’exhalation, la peur et la détermination. La cadre est ensuite posé. Nous sommes au coeur d’Act Up-Paris, dans l’amphithéâtre où les débats prennent place. L’accueils de nouveaux membres est le nôtre : le fonctionnement est dévoilé comme les règles de prise de paroles et celle alors prépondérante qu’en tant que membre d’Act Up, qu’importe votre statut sérologique, vous devez accepter que publiquement vous apparaissiez comme séropositif. Après 10 ans d’épidémie passée sous silence, l’acte est fondamental. La réunion hebdomadaire commence. Nous sommes immergés dans la lutte. Le rideau se lève. Nous revenons sur l’acte premier et (re)prenons conscience des revendications du groupe qui jette des poches de faux sangs pour rappeler que le virus tue et qu’il y a urgence.

Déjà le montage atteste d’une pleine organicité. Il est pulsionnel comme l’action menée. Il anticipe, évoque, confronte. Il nous confronte. Certaines interventions sont maladroites, hésitantes ou au contraire envolée. Tous – et toutes – parlent avec leur coeur, avec leurs tripes. Le visage de l’association est pluriel. Si la singularité de chacun s’impose, leur réalité en dehors de la lutte importe peu en un premier temps. On ressent la diversité des bagages et des parcours tandis qu’inexorablement deux personnages glissent à l’avant-plan et nous emportent dans leur élan amoureux. Une relation qui n’a rien de banal. Elle réunit Sean (Nahuel Pérez Biscayart), un militant Act Up de la première heure, et Nathan (Arnaud Valois), fraichement débarqué chez Act Up. Le premier est séropositif, l’autre séronégatif. Ils vont s’aimer ; ils s’aiment sous nos yeux.

120 battements par minute campillo

L’empressement est démultiplié, l’élan romanesque absolu. Glisse-t-elle au second plan que la lutte demeure essentielle. Il en va de la vie et de la mort des personnages, de la société voire de notre devenir. L’approche est en tout point admirable : la ligne narrative est d’autant plus étourdissante que Robin Campillo impressionne la réalité du mouvement tout en écrivant une majestueuse histoire d’amour. Il transcende l’énergie des personnages dont la caractérisation est d’une rare finesse (si Act Up se bat pour les minorités précarisées face au virus, le réalisateur leur offre une place qui, quelque fois secondaire, traduit la complexité de la situation).

Focalisant ponctuellement notre attention sur des gestes simples, il leur accorde un rôle essentiel tantôt troublant lorsque ceux-ci sont intimes, tantôt révoltant lorsqu’ils consistent à créer une frontière ente les uns (séronégatifs) et les autres (séropositifs). S’il donne à voir l’indicible – y compris la sincérité des sentiments – il offre une place cruciale à la sexualité qu’il sublime. Et s’il parvient à saisir la réalité du mouvement et de ses membres (loin d’être mortifère), il nous confronte également à l’image du SIDA et à son visage à travers celui d’un patient en phase terminale de la maladie.  « Le visage de la maladie » qui est l’épée de Damoclès alors suspendue au-dessus de tous les malades et le fantôme de ceux qui refusent d’y faire face. D’autres images documentaires participent à l’hypothèse de nécessaire témoignage dont le réalisateur devient le messager.

Dans les rôles qui se dessinent comme principaux, Nahuel Pérez Biscayart et Arnaud Valois sont époustouflant. Il en est de même pour l’ensemble de la distribution tant il ne semble guère être question d’interprétation. En mettant en scène une lutte essentielle, Robin Campillo rend ainsi vie – un instant – aux disparus. Et s’il nous déchire le coeur, nous ne pouvons que l’en remercier.


120 battements par minute: Extrait HD st en par cinebel

120 BATTEMENTS PAR MINUTE
♥♥♥♥
Réalisation : Robin Campillo
France – 2017 – 140 min
Distribution : Cinéart
Ode à la vie

Cannes 2017 – Sélection Officielle – Compétition Officielle

120 BPM poster

120 battements par minute cannes 2017120 battements par minuteemise en ligne initiale le 20/05/2017

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