Couleur de Peau : Miel

On 06/06/2012 by Nicolas Gilson

Matricule #8015, Jung fait partie des 200.000 enfants coréens adoptés de par le monde après la guerre de Corée. Il a atterri en Belgique, en 1971, dans une famille du Brabant – pas encore Wallon. COULEUR DE PEAU : MIEL est le récit cinématographique de son histoire – adapté de son roman graphique autobiographique. Et derrière la singularité d’une situation, il est question d’universalité.

« On ne peut pas aimer une mère imaginaire, on peut juste la rêver »

Film hybride, COULEUR DE PEAU : MIEL assimile plusieurs techniques d’animation à des images «documentaires». Celles-ci sont de plusieurs ordres : archives familiales et historiques, dessins de l’auteur, propre captation documentaire… Jung raconte son histoire en voyageant entre présent et passé. Il s’adresse à nous de manière directe – par le biais d’une voix-over qui n’est toutefois pas la sienne. L’animation ouvre le film et trouve rapidement un statut d’évocation. En confrontant les images en Super 8 de l’arrivée du jeune Jung en Belgique à l’animation la mettant en scène, une nourricière mise en abyme, qui sera développée ensuite, s’inscrit. Fictionnalisation du réel, le film a pour principal intérêt d’être le regard subjectif d’un homme sur la situation qu’il a vécu. Une situation commune – puisque partagée par 200.000 autres enfants – dont les enjeux tendent à l’universalité tant le ton de l’approche est juste. Certes on peut regretter le caractère didactique qui émane de l’approche, la palpable mise en scène des séquences documentaires présentant Yung à 40 ans ou les renforts musicaux quelques fois redondants mais COULEUR DE PEAU : MIEL n’en est pas moins touchant.

Le film aborde de manière frontale les problématiques liées à l’adoption et à la « mixité ». Le déracinement de Jung nous place devant une « société » qui n’est pas armée pour réagir face à des interrogations qu’elle ne se pose pas. Le jeune garçon s’est retrouvé à la rue avant d’intégré un orphelinat et de s’envoler pour l’Europe dans une famille d’adoption au sein de laquelle il fait figure d’étranger. Déjà son déracinement, en plus d’être total, est multiple. La question de l’identité se pose. Elle habitera Yung tout au long de sa vie. La force du film est là : l’évocation est une réflexion ouverte sur la construction identitaire, sur l’interaction avec les autres. Jung met en question la famille, ses origines, sa mixité… Il conte son parcours, ses fantasmes et ses fantômes aussi. Et le trouble s’impose. Il questionne l’amour maternel à travers l’absence d’une mère biologique dont il ne sait rien et la présence d’une mère adoptive un peu trop sèche et impatiente au point d’être violente. Par petites touches il dépeint aussi, avec justesse, la réalité d’une société où les pressions que s’imposent les gens sont nombreuses, où le racisme est présent,…

COULEUR DE PEAU : MIEL
♥♥(♥)
Réalisation : JUNG et Laurent BOILEAU
France / Belgique – 2012 – 75 min
Distribution : Cinéart
Animation / Documentaire

BRFF 2012 – Panorama

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