Contre toi

On 29/01/2011 by Nicolas Gilson

Anna s’encourt. Elle s’enfuit. Est-elle désespérée ou simplement folle ? Parvenue chez elle, Anna charge son téléphone portable et en écoute les messages. Elle retrouve son quotidien mais n’est plus en phase avec lui. Troublée elle se rend au commissariat de police où elle demande à porter plainte pour séquestration…

DEPLOIEMENT BIEN ORDINAIRE

Si CONTRE TOI commence fort, c’est qu’il faut en mettre plein la vue au spectateur afin de le mettre en condition. Travail sur le son et renfort musicaux captent voire exacerbent son attention. Il faut qu’il partage le trouble d’une protagoniste dont il ignore encore tout : dès lors il en ressent le vertige. Celui-ci est donc sonore mais aussi visuel. La séquence d’introduction est soignée. D’autant plus que découvrir Kristin Scott Thomas en jogging brun, t-shirt jaune et mocassins à talon dans un film français c’est presque à en oublier qui elle est.

Mais la surprise est de courte durée. Rapidement le film sombre vers un consensualisme d’une rare fadeur. Tout est lisse, mis en scène, joué, calculé, bref assommant. Toute est cousu de fil blanc aussi, et bien appuyé. Dommage. Car si la volonté de la réalisatrice de s’intéresser au syndrome de Stockholm est intéressante, la manière dont elle l’aborde ne l’est aucunement.

A l’écriture meurtrière – qu’il s’agisse de celle première du scénario ou ultime du montage – répondent des choix esthétiques et de mise en scène franchement pénibles. Le film est construit en trois temps. Le premier est sans doute le plus intéressant – pour ne pas dire le seul à l’être. Il va de la découverte de la protagoniste en plein émoi, ensuite déstabilisée, jusqu’au moment où elle se rend dans un commissariat de police afin de porter plainte pour séquestration. Si les appuis sont nombreux, la mise en place des enjeux est efficace bien que trop perceptible.

Le deuxième mouvement est pour sa part destructeur : il s’agit d’un désastreux flash-back dont la construction narrative et esthétique ne repose aucunement sur l’hypothèse d’évocation. Aucune singularité de point de vue n’émane de la mise en scène du récit de la séquestration. L’approche est bien brouillonne ou plutôt platement démonstrative. Les tentatives d’exacerber l’attention du spectateur, d’acter de l’horreur de l’hypothèse de séquestration sont telles qu’elles en deviennent risibles ou ennuyeuses. – Rires ou ronflements, au moins la salle réagit ! Quant à l’esquisse du trouble naissant, le manque de finesse est de mise. Tout est artificiel, du décor au moindre geste… Quelque part l’évocation est bien là, tant on passe à côté de l’essence du sujet et de ses enjeux.

Le troisième mouvement, rendu inévitable par le précédent, est éprouvant tant Kritin Scott Thomas a rarement été aussi mal dirigée. L’écriture est palpable d’un bout à l’autre du film. Il y a pourtant de bonnes idées mais la réalisatrice ne parvient pas à trouver le bon rythme ni à poser les choix esthétiques adéquats. La dynamique qui est la sienne est tellement peu singulière, pour ne pas dire grossière, que la sauce ne prend pas.

CONTRE TOI
•/♥
Réalisation : Léa DOILLON
France – 2010 – 87 min
Distribution : Cinéart
Drame
EA

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