Critique : Colt 45

On 27/09/2014 by Nicolas Gilson

Surprenant objet cinématographique que COLT 45 de Fabrice Du Welz, compromis hybride entre un film d’auteur – dont on sent irrémédiablement la patte – et un produit formaté, polis voire dépersonnalisé – par une machine de production tout aussi palpable. Un efficace film de genre, à dessein atmosphérique, tout à la fois sensible et caricatural.

Orphelin, Vincent (Ymanol Perset) a grandi sous la protection de deux amis de son père qui, pourtant, sont devenus ennemis. L’un, Chavez (Gérard Lanvin), est commandant de la BRB, l’autre, Denard (Simon Abkarian), occupe les mêmes fonctions à la BRI. Le premier est le parrain du jeune homme de 25 ans qui trouve dans le second son mentor. Malgré son talent de tireur d’élite, Vincent désire rester armurier à la Police Nationale. Il travaille secrètement à la confection d’une douille spécifique dont il parle bientôt à un certain Milo Cardena (Joey Starr) qui le contraint à lui confier les balles de sa création et à lui fournir des armes. Celles-ci sont bientôt utilisées dans une sombre affaire sur laquelle Vincent est appelé en renfort…

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Plus que d’être parsemé de clichés, le scénario les additionnent à un tel point que cela semble devenir un jeu. Toutefois, le procédé sur lequel s’appuie Fabrice Du Welz permet d’appréhender avec sensibilité le protagoniste principal dont il tisse la personnalité en en transcendant l’émoi. Une palette de sentiments est ainsi exploitée derrière l’âpreté d’une figure commune et convenue.

L’écriture parait-elle téléphonée que la mise en scène permet ponctuellement de dépasser le simple film de gangster. COLT 45 s’impose comme dual, divisé entre une efficacité narrative et démonstrative des plus entendue et un volume presque organique, une chair ou une atmosphère singulière dont le réalisateur est clairement le père. Lorsqu’il se concentre sur Vincent, la dynamique de cadrage et de montage dépasse la balourdise d’une narration entendue toutefois amusante. La force d’interprétation de Ymanol Perset est manifeste et est d’autant plus désarçonnante face au jeu affecté de Gérard Lanvin.

S’il semble indéniable que Du Welz a tenté de s’approprier un policier des plus grossier en se moquant des ficelles du genre, sa créativité a clairement été mise à mal par une machine qui le dépasse. Aussi alors que le réalisateur a toujours témoigné d’un travail atypique de la photographie et du son – CALVAIRE, le remarquable VINYAN ou encore ALLELUIA en sont les preuves – il a tout bonnement été dépossédé de son projet. Néanmoins si au final seules quelques séquences attestent de son talent à faire vivre de réelles sensations aux spectateurs, il sublime tant l’effervescence que le trouble qui emportent Vincent dans une spirale pernicieuse.

Colt 45 affiche

CALVAIRE

Réalisation : Fabrice Du Welz
France / Belgique – 2013 – 85 min
Distribution : O’Brother
Thriller

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