Colorful

On 22/06/2012 by Nicolas Gilson

C’est une sensation singulière s’impose à l’ouverture du film COLORFUL. Le spectateur fait corps avec l’esprit d’un protagoniste dont il épouse les perceptions visuelle et sonore. Il avance dans un univers étrange qu’il découvre à travers lui. Un jeune garçon teinté de gris, Pura-Pura, l’interpelle et le dialogue qui s’inscrit participe de manière intelligente à la dynamique sensible mise en place : les réponses du protagoniste prennent la forme d’intertitres. Sans visage et sans corps apparent, il est aussi sans voix.

Pura-Pura, que le protagoniste pense être un ange, se présente comme un guide. Le protagoniste se voit être contraint à passer une épreuve afin, s’il la réussit, de pouvoir réintégrer le cycle de la réincarnation. Celle-ci consiste pour le protagoniste à se glisser à la place de l’âme d’un jeune adolescent qui s’est suicidé pour la remplacer. Il lui est demandé de découvrir à la fois les raisons de ce suicide et celles qui l’ont conduit à quitter le cycle de la réincarnation.

Le protagoniste a maintenant un corps, un visage et une voix. Il a une famille aussi, qui lui fait face et qui lui semble dévouée. Mais il ne sait pas qui il est. S’il doit apprivoiser un monde extérieur qui est maintenant le sien, il doit se découvrir lui-même en épousant ses propres traits et en acceptant sa propre voix. La complicité mise en place avec le spectateur est toujours présente mais elle s’est estompée. Si elle prend une nouvelle forme grâce à une voix-over utilisée à dessein, elle permet une prise de distance qui rend le spectateur témoin de l’aventure dont le protagoniste devient héros.

Et celle-ci est quelque peu complexe puisqu’il s’agit de se fondre dans la peau d’un inconnu, d’en découvrir le passé tout en s’intégrant dans son quotidien et en devant trouver les raisons qui l’on conduit à commettre l’irréparable.

La base scénaristique est captivante. Le développement l’est un peu moins. Si COLORFUL aborde de nombreux sujets et enjeux de société (de la prostitution des jeunes adolescentes – pour pouvoir s’acheter tout ce qu’elles veulent – à la violence souvent gratuite ; de l’absence de dialogue intergérationnel à l’état de dépression ; de l’adultère (jugé comme coupable et condamné à ce titre) au harcèlement moral ; de l’amitié à l’épanouissement personnel,…), l’approche est sans doute trop normative. A l’instar de l’explication du titre qui s’inscrit à plusieurs reprises dans le film « On n’a pas une seule couleur, on en a plusieurs et c’est très bien comme ça », COLORFUL est un peu gnangnan et moralisateur.

La grandiloquence des effets de renfort musical – dont la puissance perce les tympans les moins sensibles – engendre une impression d’appuis démonstratifs de plus déplorable. Toutefois l’univers mis en place est une réelle invitation au voyage au coeur d’un singulier parcours initiatique qui fait sens.

COLORFUL
♥♥
Réalisation : Keiichi Hara
Japon – 2010 – 135 min
Distribution : Le Parc Distribution
Animation

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