Coco Chanel & Igor Stravinsky

On 06/01/2010 by Nicolas Gilson

Anna Mouglalis endosse à merveille le costume de Coco Chanel. Elle donne vie à un personnage complexe, grave et empli de silences. Sa voix, son regard et ses gestes presque chorégraphiés deviennent hypnotiques si bien que l’actrice capte l’attention du spectateur. Elle ancre cependant une indépassable distance, celle de l’indicible et du non accessible tant sa Coco est pleine de secrets. La protagoniste est façonnée telle une vampe vampirique. A la distance répond la froideur apparente et les codes sociaux qui habitent la créatrice. Malgré l’émancipation qui est la sienne, son indépendance, cette Coco Chanel laisse présager des failles qui la rendraient presque humaine.

Presque car le film de Jan Kounen est tellement stylisé qu’il en devient creux, car ses protagonistes sont recouverts d’une couche de vernis qui les rend purs objets de démonstration. COCO CHANEL & IGOR STRAVINSKY est le récit d’une rencontre … au sein duquel le spectateur ne rencontre ni l’un ni l’autre et se retrouve confronté à la mise en scène esthétisante d’un ballet de corps à peine animé par une artificielle tension. Pas de passion amoureuse ou pour le moins celle-ci n’est pas palpable, ne transcende pas, ne traverse pas l’écran au point de percuter le spectateur. Au mieux celui-ci est surpris de la souplesse d’Anna Mouglalis qui escalade un piano, ou se retrouve mal à l’aise par la confrontation à la nudité des corps lors de coïts aux milles effets.

La réalisation est soignée, sans doute trop. Les effets se succèdent allant jusqu’à fondre le spectateur à un onirisme perturbant. Pourtant aucune emphase ne semble possible tant à l’égard de Coco Chanel que de Igor Stravinsky. Seul le personnage de l’épouse du compositeur, malgré sa dépression croissante, apparaît accessible. Pourtant ce ne sont pas les seuls effets de réalisation et de mise en scène qui en sont responsables : l’écriture scénaristique comportent d’importante failles. Les principales sont les ellipses qui rendent des parts du récit incompréhensibles et la volonté de dépeindre la psychologie des deux personnalités sans y parvenir au-delà de l’image qu’elle transcendent. Le scénario comporte encore quelques lourdeurs, notamment la séquence de la création du parfum numéro 5 qui devient paradigmatique du caractère appuyé de l’écriture.

COCO CHANEL & IGOR STRAVINSKY est un film vaporeux qui malgré une superbe photographie et un admirable casting ne séduit guère. Peu compréhensible malgré les insistances scénaristique et stylistique (merci les travellings ou encore la musique – quoique bien usitée), l’adaptation du roman de Chris Greenhalgh (COCO & IGOR) est inexorablement dépourvue d’emphase ce qui la rend difficilement accessible. Une rencontre qui n’a pas lieu pour le spectateur.

COCO CHANEL & IGOR STRAVINSKY
**
Réalisation : Jan Kounen
France – 2009 – 118 min
Distribution : Cinéart
Drame / Biopic
Enfants admis

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